Pas un bruissement.
A peine un souffle
d'air. Juste une
volute de chaleur,
soudaine. Elle avait
posé ses doigts près
de sa bouche. Le
creux de sa nuque,
le grain de peau
ourlé de moiteur,
s'était déroulé sous
son regard. Son dos
s'était
langoureusement
insinué près de lui.
Avec une grâce
aérienne, elle
s'était cambrée en
expirant. Elle avait
immensément ouvert
ses cuisses devant
son visage. Son
entrejambe allait le
gober. Puis, dans le
murmure d'un
gémissement, d'un
souple coup de rein,
elle avait disparu
du toit dans lequel,
à la recherche de
l'inspiration, il
pendouillait au fond
de son baudrier
encore plus
stupidement que tout
à l'heure. Ils
étaient revenus, lui
et ses bras
ridiculement
inertes, à leurs
baquets. Un. Puis
deux. Puis… Il
n'avait jamais eu de
conti. Dans un élan
assez pathétique, il
avait bien tenté
d'attraper la
dégaine. En vain. La
pesanteur l'avait
rappelé à elle
quelques mètres plus
bas. "Tu veux des
cours
particuliers..?" lui
avait glissait dans
un rire cristallin,
l'araignée qui
filait à vive allure
au pied de la voie.
Dans la vie, Maitasuna s'occupait des corps. C'est du moins ce qu'elle lui avait dit. "Tendance travaux accro", avait-elle ajouté, les lèvres pincées en un accent aigu à donner le vertige. "Sur adultes consentants, bien entendu". Il avait vu la fourche d'un diablotin furtivement s'estamper sur la commissure de ses yeux.
Elle lui avait proposé de sortir ensemble un soir. Il avait été convenu qu'il passerait la chercher à la sortie de son travail. L'adresse était dans Red Light District. Il était depuis peu à Amsterdam et n'avait pas encore visité la vieille ville. Aussi avait-il décidé d'y aller pied, en flânant.
Maitasuna, elle, marchait comme elle grimpait. Charnelle. Féline. Elle attaquait du talon, avec une moelleuse fermeté. Son pied s'enroulait progressivement sur le sol comme pour l'étouffer. L'étreinte se relâchait. La voute plantaire se courbait. S'arcboutait. Son corps s'élevait, comme suspendu dans les airs. Le flux et le reflux de ses enjambées remontait alternativement le long de ses cuisses pour venir mourir dans sa croupe. Chaque pas était une vague qui venait échouer sur l'entrechoc de ses fesses. Des fesses qui vous auraient fait aimer le mal de mer. Une fille qu'on n'aurait égoïstement pas prise en stop, rien que pour le plaisir de la voir déambuler.
Dans l'entrée de son appartement, il s'était rajusté devant le miroir en pied. Il avait glissé pensivement dans sa besace les 5m de cordelette qu'elle lui avait demandé, en précisant qu'elle pourrait en avoir besoin ce soir. Il l'avait revue mentalement grimper. Il la voyait nue. Il se voyait seuls. Lui demander de l'attacher pour lui faire l'amour… Il avait rouvert les yeux, immobile devant la glace. Cette fille l'érotisait trop pour qu'il puisse décemment sortir avec un pantalon cigarette en flanelle. Il avait filé changer de tenue.
Il avait marché très lentement dans les rues pavées, plus pour subjuguer l'excitation qui le sillonnait que par réel intérêt touristique. Il avait pensé aux courbes qui ornent l'épaule de Maitasuna. Celle qui glisse vers un biceps qui surgit lorsque ses musclent se bandent. Celle qui s'exalte jusqu'à la racine de ses cheveux relevés en chignon sauvage. Celle qui capitule sur la pointe de ses petits seins. Lentement. Il fallait marcher lentement. Il avait levé les yeux. Accrochée perpendiculairement à une ancienne bâtisse en brique rendue carmin par le crachin qui imbibait l'atmosphère, une plaque balançait au vent. "Cordonnerie", avait-il d'abord déchiffré, puis, se rapprochant, "Condomerie". La vitrine ne laissait pas place au doute: il s'agissait bien d'un magasin de capotes. Il avait pris à droite, Raadhuistraat. Maitasuna travaillait au n°107. La lumière s'était transformée. Partout, des néons roses enluminaient de grandes baies vitrées. Derrière, à chaque fois, une femme. En porte jarretelles, en nuisette, en bikini. Téléphonant, faisant des mots fléchés ou du vélo d'appartement. Le quartier rose… Il avait continué à remonter la rue. Ses mains étaient devenues moites. Maitasuna s'occupait des corps. Les vitrines s'égrenaient. Sur adultes consentants. Semblables les unes aux autres. Tendance travaux accro. L'amertume et l'inquiétude s'étaient substituées à l'excitation. Trouver Maitasuna avec un client? En vitrine, suspendue à un chandelier à demi-nue? Il s'était dit qu'il pourrait toujours aller voir de loin, et décider ensuite. Il était encore à 200m. Il avait fait quelques pas… et avait subitement pris la fuite en sens inverse.
Il ne vit jamais la plaque ornant l'immeuble moderne situé à la fin de Raadhuistraat, au numéro 107. L'icône d'un bonhomme tenant debout grâce à des ficelles telle une marionnette jouxtait le nom du lieu : Centre de Rééducation Fonctionnelle Post-traumatique. Maitasuna réapprenait aux accidentés à marcher, parfois en les suspendant dans une cage avec des bouts de cordelettes, pour réapprendre ce qu'est l'équilibre. Maitasuna redonnait l'amour de la vie. D'ailleurs, elle en portait le nom.
Dans la vie, Maitasuna s'occupait des corps. C'est du moins ce qu'elle lui avait dit. "Tendance travaux accro", avait-elle ajouté, les lèvres pincées en un accent aigu à donner le vertige. "Sur adultes consentants, bien entendu". Il avait vu la fourche d'un diablotin furtivement s'estamper sur la commissure de ses yeux.
Elle lui avait proposé de sortir ensemble un soir. Il avait été convenu qu'il passerait la chercher à la sortie de son travail. L'adresse était dans Red Light District. Il était depuis peu à Amsterdam et n'avait pas encore visité la vieille ville. Aussi avait-il décidé d'y aller pied, en flânant.
Maitasuna, elle, marchait comme elle grimpait. Charnelle. Féline. Elle attaquait du talon, avec une moelleuse fermeté. Son pied s'enroulait progressivement sur le sol comme pour l'étouffer. L'étreinte se relâchait. La voute plantaire se courbait. S'arcboutait. Son corps s'élevait, comme suspendu dans les airs. Le flux et le reflux de ses enjambées remontait alternativement le long de ses cuisses pour venir mourir dans sa croupe. Chaque pas était une vague qui venait échouer sur l'entrechoc de ses fesses. Des fesses qui vous auraient fait aimer le mal de mer. Une fille qu'on n'aurait égoïstement pas prise en stop, rien que pour le plaisir de la voir déambuler.
Dans l'entrée de son appartement, il s'était rajusté devant le miroir en pied. Il avait glissé pensivement dans sa besace les 5m de cordelette qu'elle lui avait demandé, en précisant qu'elle pourrait en avoir besoin ce soir. Il l'avait revue mentalement grimper. Il la voyait nue. Il se voyait seuls. Lui demander de l'attacher pour lui faire l'amour… Il avait rouvert les yeux, immobile devant la glace. Cette fille l'érotisait trop pour qu'il puisse décemment sortir avec un pantalon cigarette en flanelle. Il avait filé changer de tenue.
Il avait marché très lentement dans les rues pavées, plus pour subjuguer l'excitation qui le sillonnait que par réel intérêt touristique. Il avait pensé aux courbes qui ornent l'épaule de Maitasuna. Celle qui glisse vers un biceps qui surgit lorsque ses musclent se bandent. Celle qui s'exalte jusqu'à la racine de ses cheveux relevés en chignon sauvage. Celle qui capitule sur la pointe de ses petits seins. Lentement. Il fallait marcher lentement. Il avait levé les yeux. Accrochée perpendiculairement à une ancienne bâtisse en brique rendue carmin par le crachin qui imbibait l'atmosphère, une plaque balançait au vent. "Cordonnerie", avait-il d'abord déchiffré, puis, se rapprochant, "Condomerie". La vitrine ne laissait pas place au doute: il s'agissait bien d'un magasin de capotes. Il avait pris à droite, Raadhuistraat. Maitasuna travaillait au n°107. La lumière s'était transformée. Partout, des néons roses enluminaient de grandes baies vitrées. Derrière, à chaque fois, une femme. En porte jarretelles, en nuisette, en bikini. Téléphonant, faisant des mots fléchés ou du vélo d'appartement. Le quartier rose… Il avait continué à remonter la rue. Ses mains étaient devenues moites. Maitasuna s'occupait des corps. Les vitrines s'égrenaient. Sur adultes consentants. Semblables les unes aux autres. Tendance travaux accro. L'amertume et l'inquiétude s'étaient substituées à l'excitation. Trouver Maitasuna avec un client? En vitrine, suspendue à un chandelier à demi-nue? Il s'était dit qu'il pourrait toujours aller voir de loin, et décider ensuite. Il était encore à 200m. Il avait fait quelques pas… et avait subitement pris la fuite en sens inverse.
Il ne vit jamais la plaque ornant l'immeuble moderne situé à la fin de Raadhuistraat, au numéro 107. L'icône d'un bonhomme tenant debout grâce à des ficelles telle une marionnette jouxtait le nom du lieu : Centre de Rééducation Fonctionnelle Post-traumatique. Maitasuna réapprenait aux accidentés à marcher, parfois en les suspendant dans une cage avec des bouts de cordelettes, pour réapprendre ce qu'est l'équilibre. Maitasuna redonnait l'amour de la vie. D'ailleurs, elle en portait le nom.
