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Les lianes
l'enlaçaient ...
Elle était là, au
milieu de nulle part, en tenue d'Eve, des cordes végétales courant sur
son corps sublimé par l'effort. Elle baignait dans le bonheur,
approchant les sommets du plaisir. C'était complètement irréel.
Elle était pourtant l'Alice du pays où
grimper rime avec cordée. La corde ... Elle aimait la sentir qui
l'ancrait à l'autre, alliance de sensualité et sécurité, pour le
meilleur ou pour le pire ... Pour jouir pleinement et maintenir la
tension jusqu'au bout, elle savait devoir soumettre son corps aux
règles de matelotage et elle avait appris l'art des manip's.
Son imagination
n'ayant, elle, aucune attache, elle était Ariane, Pénélope ou une autre,
liée à un Cupidon et "condamnée" à le poursuivre toujours plus haut.
La cordée prenant
corps, tous deux s'ébattaient ensuite dans un jeu de chat perché un peu
particulier. Parfois, elle en prenait les commandes, s'essayant à la
direction de l'orchestre avec doigté, pour une interprétation du topo
qu'elle espérait Magnificat...
Qu'importe la
position et quelle que soit la clef, le plaisir pouvait apparaître. Dans
ces moments, ni le temps, ni la mesure ne comptaient. Elle savait que,
tôt ou tard, elle arriverait à l'acmé où ils se rejoindraient. Alors,
la corde
ne serait plus nécessaire et, les noeuds disparus, leurs
corps se loveraient l'un sur l'autre et elle (ils) crierai(en)t son
(leur) bonheur, celui de toucher les cieux ...
Mais là, elle était
seule, libérée de toute entrave, pour jouer autrement et, peut-être,
atteindre une autre extase. Son compagnon en avait fait l'expérience
mais leurs vibrato étaient tellement différents ... Après moult
hésitations et de fil en aiguille,le moment était cependant arrivé.
Elle avait choisi le
plus beau des arbres, magnifiquement campé sur de grosses racines
noueuses. Elle le voyait, réellement, tel qu'il était, tellement beau et
un grand charme émanant de lui. Il
s'élançait fièrement vers les hauteurs, droit comme un if, pour
atteindre les caresses du soleil. Ouverture des plus prometteuses, il la
mit rapidement dans un état second. Il était une invitation à atteindre
le septième ciel.
Chose surprenante,
elle était nue ... Elle l'embrassa timidement, mettant dans ce baiser
tous ses espoirs. Le contact établi, elle sentit sa générosité et sa
force et, se sentant autorisée, commença à s'élever.
Dés le début, ce fut
différent. Elle attouchait l'écorce rugueuse, cherchant des prises. Ses
doigts hésitants tâtonnaient, en
débutante qu'elle était. Trouvant ça et là érections ou autres
tumescences végétales, elle les saisissait avec fébrilité. La difficulté
initiale surmontée et le désir persistant, elle poursuivit Molto
Vivace. Et le trouble apparut, l'envahissant peu à peu. Le plaisir
était là, indéniable! Tout son corps se durcit alors, près à l'effort et
s'ouvrant aux sensations plaisantes.
Percevant une réponse de celui qu'elle avait choisi, elle admit alors ne
pas être la sol(o)iste qu'elle croyait. Pour elle, Ô délice!, il
s'effeuillait de temps à autres. Bientôt, elle gémit à chaque fane
frôlant sa peau. Que ce soit sur la zone délicate entre ses deux seins
ou celle de ses cuisses musclées, toute caresse végétale déclenchait une
exquise chair de poule.
Elle ne voyait plus
que lui.
Il ne sentait
qu'elle.
Le temps s'était
arrêté. Ils étaient seuls sur scène, entre récitatifs et arias, les c(h)œurs
attendant de partir dans une belle envolée lyrique.
L'alchimie opérant,
elle progressait maintenant avec assurance, sans craindre la hauteur.
Elle expérimentait l'euphorie de la liberté, et sa libido s'en trouva
décuplée. Bientôt, elle se sentit humide, son corps en sueur et un
précieux nectar poignant de son bas-ventre. Elle lutta contre elle-même
pour ne pas s'abandonner, l'embrassant avec plus d'ardeur. Et lui? ...
Il l'aimait. Elle en
était sûre! Sa végétation était devenue luxuriante. Ses feuilles
arboraient un vert plus vif que jamais et, sa sève bouillonnait
fougueusement en son intérieur.
Soudain, il y eut
quelque chose de furtif et délicieux, un échange inattendu d'énergie.
Alors, submergée, elle se laissa emporter par la puissance des
sentiments. Traversée par une violente secousse elle fût arrachée à son
étreinte et tomba. Elle n'avait pas atteint le sommet mais la
quintessence du plaisir.
Sa chute fût sans
fin. Elle tenta de se raccrocher à ce qu'elle pouvait, feuilles
fuyantes, branches cassantes ... Elle croyait l'entendre hurler sa
frustration. Elle avait accepté ce plongeon tragique et infini quand,
tout à coup, ils renouèrent leur union. Surprise, elle regarda son
corps: Des lianes l'enlaçaient ...
La danse pouvait
donc durer encore et encore ..
...
Bien plus tard, sous
l'œil attendri du dieu soleil et ayant quitté le monde merveilleux de
ses rêves les plus fous, Eliane regarda la paroi et s'élança, seule ...
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