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Seul dans mon lit, je
feuillette ce magazine. D’autres que toi se sont laisser photographier;
juste pour calmer l’attente de ceux qui patientent et espèrent, comme
moi. Avec délicatesse, l’objectif a su capter cette lumière, saisir les
reflets et le hallo qui entoure leurs courbes. L’ombre parcourt leurs
galbes comme je saurai parcourir le tien le moment venu. C’est sans
doute un peu triste de devoir se contenter de ces images; mais déjà, je
sens le fourmillement qui gagne mes extrémités: mes mains commencent à
me démanger. Je ferme les yeux, et t’imagine, superbe et gracieuse,
solide et fragile à la fois. Je glisse dans une douce rêverie, quand je
suis réveillé par le bruit du magazine qui tombe sur le plancher; retour
à la réalité, et je comprends que c’était encore une journée passée sans
toi. Je ferme la lumière, et tente de trouver le sommeil. Ce sera dur,
très dur, et, comme toutes les nuits, je me réveillerai plusieurs fois
en sursaut, les mêmes images obsédantes défilant sous mes paupières.
Pour la nième fois, je finirai par me redormir, m’imaginant à tes pieds,
comme un lilliputien prêt à gravir les jambes d’un géant assoupi. En
rêve, tu m’impressionnes, me domines, m’écrases par ta seule présence.
Imposante, étincelante, ruisselante, tu me défies. Mais j’arrive tant
bien que mal à concentrer mon énergie pour remonter le long de tes
formes longilignes, me glissant dans les moindres plissements, profitant
des moindres ondulations pour progresser vers ce havre de paix, ce repos
du guerrier, ce petit coin de paradis où je pourrai savourer le chemin
parcouru. Encore quelques instants et je pourrai enfin contempler les
beautés offertes par la nature. A cet instant, minuscule mortel qui aura
su mériter cet instant d’extase, je serai seul avec toi, coupé du monde.
Mais, encore un effort, je n’y suis pas encore. A force de courir le
long de tes formes, mes doigts seront brûlants. Je donne un dernier coup
de rein pour te pénétrer et m’ancrer à toi. Mais comme à chaque fois,
je lâche prise et glisse, tentant de m’agripper à toi; sans succès. Je
crie et me réveille en sursaut, tremblant, crispé, frustré.
Mon premier réflexe en me
levant sera de regarder dehors, d’interroger le ciel, lui demandant
s’il a enfin créé les conditions pour te faire apparaître autrement
qu’en rêve. Comme tous les autres jours, sa réponse sera négative. Et
pourtant j’y penserai toute la journée, en espérant que le lendemain, je
te découvrirai enfin.
Une journée de plus à
imaginer ton apparence, ta beauté, mais surtout la sérénité que tu
dégages. Pas facile quand on sait que tu n’existes pas encore, mais que
tu apparaîtras un jour, par magie, à l’endroit exact où j’espère te
trouver depuis si longtemps. Bien sur, quand je te verrai enfin, tu ne
me verras pas, tu m’ignoreras superbement ; semblant inaccessible, tu
n’en seras que plus désirable. Il me faudra t’approcher en douceur,
calmer une excitation contenue depuis si longtemps, me préparer
fébrilement pour faire ta connaissance. Seras-tu semblable à celle que
j’imagine? Lorsque j’apercevrai tes formes généreuses, sauront-elles
assouvir mon envie de te posséder, de te conquérir ? Certes, tu n’es pas
la première, et sans doute pas la dernière, mais à cet instant précis,
je ne verrai que toi. Mon cœur ne battra que pour toi, même si - je le
sais- je ne serai pas seul à te convoiter. En ces moments là, on se
croit unique, et on oublie que d’autres paires d’yeux te dévorent du
regard. Je sais que tu ne remarqueras pas ma présence, mais je ferai
comme si tu me toisais du regard. Comme si tu me jaugeais, pour savoir
si je mérite de te posséder. Je maîtriserai mes gestes pour ne pas te
brusquer, je contrôlerai mon excitation, car malgré ton aspect imposant,
je te sais fragile. Enjôleuse et attirante, sculpturale et cristalline,
tu imposes le respect. Pour t’approcher, il me faudra à la fois force et
vigueur, mais aussi douceur, précision et délicatesse. Car tu es une
délicieuse poupée de dentelles, offrant à qui sait les découvrir tes
plis gracieux, tes creux accueillants, tes rondeurs charmeuses, tes
mamelons ruisselants.
Après 200 nuits à
t’imaginer, 200 nuits à te rêver, c’est aujourd’hui que les conditions
de notre rencontre sont enfin réunies. Je marche d’un pas décidé et
volontaire. Fière, majestueuse, glacée à souhait, je sais que ma cascade
préférée m’attend au bout du sentier. Crampons, piolets, corde, je suis
prêt pour en profiter pleinement, pour déguster ses sorbets, pour
savourer ses cigares.
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