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© Jean Pierre Banville


Castellar - 05/03/2005


Rien n’est pire que de réaliser que notre corps se décide à faire cavalier seul.

Vieillir, c’est une longue descente où l’on s’aperçoit que nos fonctions biologiques ne sont pas éternelles et que l’idéal de nos vingt ans est loin derrière nous.

Je sors à peine de mon examen de la vue.

En 18 mois, j’ai doublé ma force de lunettes et on m’a annoncé que mes yeux sont tous croches et que je devais m’attendre à de sérieux problèmes dans quelques années.

On ne m’a pas suggéré de penser à un nom pour un chien guide mais il y avait une belle sélection de cannes blanches au comptoir.

Peu surprenant considérant que je suis le fils de ma mère.

Je passe sous silence le prix de mes nouvelles lunettes mais je suis surpris que pour ce montant, le GPS ne soit pas inclus. Je ne savais pas que deux morceaux de plastique et une tige de métal pliée pouvait avoir un tel impact sur mon porte-monnaie! Vous allez me dire que j’oublie qu’il y a aussi deux vis mais comment justifier que je paie plus que pour une paire de piolets hi-tech?

Ma mère me l’a bien dit : la vison, c’est important!

Surtout pour quelqu’un qui passe son temps à lire comme je le fais. Et qui gagne sa vie face à un écran d’ordinateur.

« Mais, chère mère – ai-je répondu -  si la vision est si importante, comment se fait-il qu’elle soit déficiente chez plusieurs grimpeurs? »

« Parce que, cher enfant, certains oublient l’importance de la vision périphérique et qu’un don inutilisé est un don perdu! »

Ma mère est une perle…

Elle ne grimpe pas mais ses tartes aux pommes sont délectables et ses carrés aux dattes terrassent un foie en bonne santé. Et elle a beaucoup de sens commun! Sans ma mère, je serais à la rue et il ne se passe pas un jour sans que je la bénisse.

J’avais donc oublié la vision périphérique dans mon équation!

Effectivement, la majorité des grimpeurs engagés sont tellement… engagés… qu’ils en oublient d’élargir leur champ de vision. Ils ne voient que la prochaine prise, la prochaine voie, le prochain voyage.

Peu naviguent dans les eaux troubles de l’avenir, de l’entre deux voies, de la pratique voisine. On se contente volontiers de son petit plaisir et de ses petits problèmes qu’on monte volontiers en épingle dès qu’un forum nous est fourni. On se fige dans des idées préconçues sans analyse préalable de toutes les données historiques.

On se complait dans ses paradigmes.

Pourquoi le niveau en escalade sportive tend-il à stagner?

Pourquoi les équipeurs hésitent avant de se commettre dans des lignes extrêmes?

Quels seront nos terrains de jeux dans vingt ans?

Où vont la compétition et les compétiteurs?

Comment rendre l’escalade plus populaire sans en faire un sport de masse?

Où est le prochain Kalymnos, la prochaine Corse?

Quel est l’avenir des Fédérations et autres organisations normatives?

Pourquoi la littérature alpine française est-elle moribonde?

Pourquoi notre passion devient-elle religion et de ce fait intolérante aux autres pratiques de montagne?

Vision périphérique !

Voilà ce que je vous propose à vous, lecteurs; à vous, éditeurs de magazines et de livres; à vous, Fédérations et Clubs; à vous, réalisateurs de films de montagne; à vous, manufacturiers d’équipement; à tous les passionnés de l’univers Grimpe.

On organise une longue fin de semaine, trois jours, dans un site choisi et pas trop connu.

On organise des ateliers et des présentations sur les sujets ci haut, on visionne des films, on écoute des orateurs, on regarde le nouveau matériel, on grimpe, on équipe, on discute en se réhydratant.

On met de coté l’esprit de clocher et on se sert de sa vision périphérique.

Trois jours pour éclairer l’AVENIR.

Trois jours où des grimpeurs français vont écouter d’autres grimpeurs français  pour tâcher d’élargir les horizons.

Comme président d’honneur, je tiens à proposer ma mère.

Bon d’accord! Elle ne grimpe pas…

Mais vous manquez une maudite bonne occasion de goûter à sa tarte aux pommes!

J’attends vos suggestions.