| Octobre 2005 |
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Écologie du plancher... |
© Jean Pierre Banville |
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Heureusement, toute cette activité a eu lieu dans une autre maison que la mienne, maison déclarée zone sinistrée après coup tellement les planchers ont été sollicités par les courses aux étages. Il n’y avait qu’un garçon présent, le mien, ce qui ne facilitait pas le respect d’une quelconque discipline. J’avais en main le topo de la Jonte : assis dans le salon, un verre de vin à la main et de la ouate dans les oreilles, je n’avais à supporter que les vibrations de la structure. Une petite marche de santé en après midi m’a permis de profiter de la chaleur de cette belle journée d’automne : montée et descente d’une piste à la station de ski, toute bordée d’arbres en habits de saison. Que c’est beau, toutes ces couleurs! Seule ombre au tableau : l’étalement urbain qui gagne du terrain à chaque année. On veut vivre à la campagne mais pas tellement loin de la ville : on s’arrange donc pour amener la ville avec soi et recréer les aléas qu’on croyait fuir. On construit de beaux bungalows sur des terrains vidés de leurs arbres pour ensuite replanter du gazon et quelques arbustes maigrelets. Trop d’arbres sur un terrain et personne ne peut admirer le goût du propriétaire en matière de construction! Ni sa place relative dans l’échelle sociale, évidente par le nombre de garages fermés attenant à la demeure. Il y a quelques jours, je suis intervenu sur un forum d’escalade fréquenté pour défendre un de mes amis qui a employé de l’eau de Javel pour nettoyer une paroi école. Beaucoup de mousse, de lichens, et tout devait partir sur le tracé des voies, payées par la commune.
Il
avait le choix, pour les secteurs les plus couverts, entre brosser comme
un fou pour éradiquer le lichen ou utiliser le javel et travailler plus
vite, rendant ainsi le site disponible à la pratique avant l’hiver. La faute a été d’avouer l’utilisation de cette belle invention française, l’eau de Javel. -« Oui! Oui! Je sais que je dois laver le plancher demain et n’utiliser que du vinaigre… pas d’autre chose… surtout pas du produit pour les vitres! » Un autre appel venant de la planète Salon…je me dois d’y répondre prestement. Depuis que ma Gère Mène travaille dans le domaine de la peau, je me tape tous les travaux ménagers! De la peau… où elle travaille, ils font pousser de la peau. Oui, vous avez bien lu… de l’organogénèse… je la soupçonne de vouloir me remplacer à moyen terme (le temps de faire pousser mon remplaçant…). Et je sais qu’il ne faut surtout pas le dire quand j’emploie du Windex plutôt que le traditionnel vinaigre! Avouer utiliser un produit chimique pour liquider des mousses est certainement plus répréhensible qu’avouer liquider ces mêmes mousses avec une brosse métallique et de l’huile de coude. Cela, même si la quantité de javel nécessaire est de beaucoup inférieure à celle versée annuellement dans une piscine privée, vous savez, celle dans la cour de votre voisin… celle que vous enviez les jours de canicule mais dont vous vous marrez lorsque les feuilles tombent dedans à l’automne. Ici, trois maisons sur quatre ont une piscine. Creusée ou hors terre, elle trône dans la cour arrière et attire toute la parenté pauvre du propriétaire. Moi, je n’en ai pas… je fais parti des propriétaires soit trop pauvres, soit trop lâches pour faire l’entretien quotidien qui garantit vingt jours de baignade par année. Il se consomme donc beaucoup d’eau de Javel dans la région… Vous saviez que l’eau de Javel est instable? Oui… on doit la garder dans un contenant opaque sinon on se retrouve avec un mélange vide de sens et de pouvoir javellisant. Versée, elle se dégrade immédiatement en faisant son travail. Mais ce n’est pas l’eau de Javel qui est en cause, c’est la disparition de la mousse! Sommes-nous plus coupable de tuer la mousse par la brosse que par l’eau de javel? La chaise électrique ou l’injection mortelle? On m’a dit que je relativisais encore et encore … ce qui est parfaitement exact! Nous devons être, nous sommes, la seule pratique sportive de pleine nature à se déchirer les vêtements, se couvrir de sacs et se lancer de la cendre dès que l’on évoque un quelconque impact de l’escalade sur la nature environnante. Une nouvelle pour vous : tous les comportements humains ont un impact sur la nature! Votre propre existence a un impact négatif sur l’environnement… rester nu dans votre salon à manger de la salade a un impact négatif… tenter de vous reproduire a un impact négatif si vous réussissez… mourir a un impact négatif sur l’environnement et les gaz à effet de serre (un cadavre est même considéré comme déchet toxique!). On ne s’en tire pas! Il faut accepter que notre vie ait des répercussions et travailler à ce quelles soient les moindres possibles sans entrer dans le minimalisme prôné par certains activistes écolos. L’escalade et les sports de montagne, considérant ce qu’ils rapportent à la communauté versus le faible prix environnemental à payer pour la pratique… et bien je relativise encore en disant que c’est mieux que de faire de la randonnée en bicyclette sur un parcours asphalté en pleine ville… et pourtant c’est ce qui nous est proposé comme activité écolo par excellence. Oh là, là… ai-je lancé un pavé dans la mare? Sans doute mais quand je vois les gens prendre leur auto pour se rendre à la piste cyclable avec leurs enfants, sortir leurs engins fait en Chine et se lancer sur un 70 kms de sentier pavé et clôturé ou bien dans des sentiers taillés en pleine forêt qui en viennent à ressembler à des canyons avec, au bout, un casse croûte … et bien je me dis que grimper sur un rocher équipé, moyennement propre, en pleine nature, c’est passablement minime comme impact. Le minimum, à mon point de vue, étant la nage, nu, en plein océan. Mais comme il y a la possibilité de faire mourir un requin d’étouffement, je me tiens loin des plages. Il faut éviter de relativiser sinon on accepte toutes les dérives. D’accord! Mais acceptons d’être humain, acceptons d’aimer la montagne à la folie. Acceptons qu’aimer cette montagne nous oblige à la respecter et à la protéger pour les générations futures. Soyons responsables de nos actions mais soyons fiers de vivre et non de tout simplement exister. Gardons nos chemises à déchirer pour les évènements qui frappent la communauté et mettent en péril notre humanité. Des situations connues mais soutenues par nos élus et les personnes qui financent leurs réélections. Je vous ai déjà parlé du Japon et de toutes ces falaises qui finissent en ciment? De ces mines à ciel ouvert dans les montagnes des USA et surtout de leurs rejets? De l’étalement urbain en zone falaise/montagne? Ah oui… j’ai commencé par ça! L’étalement urbain… et je vous ai parlé de la pollution sonore par les groupes de petites filles de trois ans. J’ai mentionné l’eau de Javel que ma Gère Mène utilise pour stériliser mes vêtements quand je vais équiper? Non? Imaginez… il y a tellement de traces de mousse et de terre qu’elle plonge le tout dans un bain de Javel durant une journée! Couleur… il n’y en a plus. Je ne déshabille dehors, à l’arrière. Tous ces résidus provenant de la falaise pourraient salir son plancher…
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