| Août 2006 |
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Le marteau & les fossiles |
© Jean Pierre Banville |
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-« Tu as brisé quoi? Ton marteau… Tu t’imagines qu’on l’imprime, l’argent, dans cette maison? Et comment on fait pour casser un marteau? Ca fait cinq ans que tu as cet outil-là et il ne s’est jamais brisé… Pis regardes-toi donc l’allure! On jurerait que tu t’es fait fouetter… mais tes mains! Dé-gou-tant… je vis avec un meurtrier en série, un étrangleur. Quel exemple pour ton fils! » -« Je ne t’ai pas parlé du nid de guêpes… je me suis assis dessus... » -« Ne me parle plus de rien ce soir et surtout ne me touche pas! Irresponsable; tu es irresponsable! Attends que ta mère sache cette histoire-là! » Il ne me reste qu’à prendre la direction de la douche… Equiper n’est pas une sinécure et il y a des jours où tout va mal. Je suis fier de l’unique voie réalisée mais peiné d’avoir à me procurer un autre marteau. Un gros $5.00 pour ce marteau – 3 euros - il y a quelques années et il m’a toujours bien servi. Je vais devoir investir beaucoup plus pour un outil pas mal plus lourd!
Ultimement, c’est la performance de l’outil qui fait son attrait. Est-il
efficace? Me fait-il gagner du temps? Il est polyvalent? Il a un look
cool? J’achète un outil gagnant. Dimanche dernier, je suis allé faire de l’archéologie avec mon fils. Un site amérindien où on nous a montré de très belles pointes de flèches, certaines datant de 9,000 ans, et un site de maison construite immédiatement après la conquête : il ne reste que les fondations et des débris de poterie. Alors que l’archéologue s’écoutait parler devant le groupe d’une vingtaine de personne, Marc Antoine s’est décidé à circuler entre les arbres et les fougères. Il se penche et ramasse, sous des racines, les restes d’une pipe portant les initiales du fabricant (TD) et de petites décorations. Date probable : 1760/1780 ce qui, pour nous ici en Amérique, est très vieux.
Voilà
pour l’archéologie officielle… parle, parle, parle… et un enfant leur
fait la barbe! Je vous entend penser… non, je ne suis pas sénile… vous allez voir où je veux en venir… Quand quelque chose fonctionne bien, on essaie de le garder le plus longtemps possible. Surtout quand il ne nous coûte pas grand-chose! Et encore plus quand c’est irremplaçable. Qu’est-ce que je lis? Alex Chabot a réussi un nouveau 9a entièrement naturel??? Puis un 8c??? Le même Alex Chabot qui a été exclus par la FFME pour avoir donné un coup de tête - non, pas lui…pour avoir pris de la testostérone - non, c’est l’autre du Tour…ah oui : il a délibérément caché un logo! Alex Chabot, sans doute admirateur caché de Naomi Klein (« No Logo », le livre…), a réussi un 9a dans le grand sud. Son 9a! De l’autre coté de la planète, les compétiteurs masculins FFME, tant en Chine qu’à Singapour, n’ont gagné que leurs billets de retour. Il y a quelque chose d’ironique dans cette affaire… je ne veux pas m’avancer mais on jurerait que l’organisme ayant pour mandat la promotion de l’escalade s’est débarrassé de son meilleur compétiteur pour faire plaisir à l’unique commanditaire. On dit, dans notre beau patois : « se faire prendre les culottes à terre ». Pire encore, le « rejeté » vient de prouver qu’il n’a pas besoin de la fédération ni des compétitions pour exister dans le monde de la grimpe et y faire sa marque. Il ne lui reste qu’à trouver une autre ligne extrême, l’équiper et la réussir… disons qu’il en réussit deux par année… ce sera sans doute plus que le nombre de podiums français masculins que nous verrons à l’international! Et en prime, une ligne dure sur du caillou est infiniment plus attrayante pour un sponsor qu’une médaille qui sera oubliée dans un an. Qui a gagné Arco en… disons 2002? Qui s’en souvient? Alors que le nom de Alex Chabot sera pour toujours lié à son « Abysse »… regardez bien les articles de magazines dans les mois à venir. Un ou deux petits projets de ce genre devraient lui assurer quelques commandites pour de longues années. Il ne devrait pas être en manque de t-shirts et il pourra choisir son logo! La Fédération possédait un excellent marteau qui aurait pu servir encore des années pour ensuite être utilisé comme l’image d’un outil performant: elle a décidé de s’en débarrasser pour satisfaire le quincaillier du coin. Erreur majeure. Et voilà que, pendant que la Fédération émet des communiqués et édicte des sanctions, le grimpeur (coupable d’une vétille en regard des autres sports) se décide à effectuer la performance de l’année sur du rocher vierge. Et remet ça quelques journées après dans à peine moins dur. C’est ce qu’on appelle river le clou! On pourra toujours trouver une excuse à la Fédération : ils sont débordés; ils ont des principes; ils possèdent une vision; ils travaillent pour la masse sur le terrain; ils se démarquent; ce sont des passionnés. Oui, certainement : ce sont des qualificatifs qui s’appliquent aux nombreux clubs et bénévoles du pays. Mais quand l’organe suprême, le capo de tutti capi, décide d’investir largement les fonds fédéraux dans le milieu compétitif à l’international, c’est pour gagner! A moins que ce ne soit une forme d’assistance et que je ne comprenne rien du tout à l’affaire. Quand on a un jeune champion « propre » qui n’est pas porté sur les coups de tête, on tente de le garder satisfait dans sa bulle. Au moins pour le bon exemple : il y en a tellement peu ces temps-ci! C’était le lien entre Alex Chabot, mon marteau et la pipe trouvée par mon fils. Vous voyez, je ne suis pas sénile! Mais, pour tout dire, ça me pique partout : toutes ces piqûres de guêpes et toutes ces égratignures couvrant mon corps d’Adonis ne vont disparaître que dans quelques jours. Ce sera alors le temps de retourner équiper! Et voilà Gère Mène qui arrive avec le savon et la brosse… je vais être lessivé. Et une suggestion pour ton prochain 9a, Alex. Tu devrais la nommer : « De profundis… »
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