| Novembre 2005 |
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Le crime néolithique ne paie pas... |
© Jean Pierre Banville |
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Deux
ouvriers italiens, creusant les fondations d’une nouvelle pizzeria de la
chaîne « Aiuto Mamma! » dans le Val Stalla (Alto Adige), ont effectué
une découverte pour le moins surprenante en déplaçant un bloc pour y
couler la dalle de béton.
En
partie enfouis sous le rocher, des ossements relativement bien
conservés, des pointes de flèches et sagaies, les vestiges d’une paire
de chaussures en peau mais surtout quelques pierres pictographiées. Le chef de chantier a immédiatement averti les autorités qui ont rejoint le professeur Severino Crespi, le célèbre archéologue. Ce dernier a quitté sur l’heure l’université de Lucca et son congrès ayant pour thème « Les Vierges Folles, le décolleté au Moyen Age » pour se rendre au Val Stalla. Il semble, d’après le professeur Crespi, que cette découverte ait un étroit rapport avec celle, faite il y a deux semaines, lors de l’étude détaillée des objets appartenant à Oetzi. Les restes de Val Stalla sont ceux d’un homme en milieu de vingtaine; une grande partie du squelette est encore sous le bloc, écrasé par la masse. On espère pouvoir dégager le tout dans quelques semaines suite à des fouilles extensives autour des restes visibles. Le professeur Crespi théorise que l’individu a péri de mort violente consécutive à l’effondrement catastrophique du bloc sur lequel il tentait de grimper. Considérant la masse en présence, ses compatriotes néolithiques auront décidé qu’il valait mieux laisser la dépouille où elle se trouvait, sans doute un enterrement digne pour l’un de ces grimpeurs d’il y a 5000 ans. Plus surprenant encore, les quelques pointes de projectiles qui devaient se trouver dans une pochette de transport en cuir, disparue depuis belle lurette; les restes de mocassins préservés sous une petite dalle – le professeur Crispi pense à une offrande – et la plaque de gneiss.
C’est cette plaque de gneiss qui relie le corps du Val Stalla à Oetzi.
Une vérification préliminaire sous rayons UV montre des dessins semblant
inculper le grimpeur décédé. On y voit clairement un personnage tirant
des flèches vers un autre individu portant des glyphes similaires à ceux
découverts sur les plaques du carquois d’Oetzi. Le professeur Crespi a immédiatement demandé un examen de la pointe de flèche demeurée dans l’épaule de l’homme de glace. Quelle ne fut pas la surprise des scientifiques de constater que le projectile était similaire à ceux trouvés sous le bloc aux côtés des ossements. Même type de rocher, provenance du même dépôt.
Encore plus, une étude sous rayons UV a permis de discerner, sur la
pointe de flèche qui a servi au crime, un dessin exactement similaire à
celui de la plaque compromettante! Tous ces indices suffiraient, sous la législation actuelle, à amener le « grimpeur » devant la justice pour y répondre à des accusations de meurtre prémédité. Contactée par nos bons soins, madame Lilas Aubelo, psychiatre spécialiste des questions légales, s’est avancée à poser un diagnostic. Son analyse du cas la porte à croire que l’individu dont on a retrouvé les restes chez « Aiuto Mamma! » était un dépressif chronique, incapable d’assumer la médiocrité de son état et son manque de valeur relative dans l’échelle tribale. Pour se valoriser, il s’est décidé à éliminer le chef de son équipe ou le personnage emblématique du « sport » local. Il a sans doute agi seul, revenant vers son peuple avec une histoire abracadabrante dans laquelle il devait se donner le rôle du héros. Malheureusement, son état dépressif lui a probablement fait ressentir des remords qui sont devenus de plus en plus lourds pour sa conscience. Il aurait inscrit sur la plaque l’histoire de son crime dans le vague espoir de se voir démasqué, puis châtié. Une sorte d’aveu par procuration. La chose ne se produisant pas, d’inquiétants symptômes d’autodestruction seraient apparus ce qui l’aurait amené à prendre de plus en plus de risques durant ses ascensions pour finir écrasé par un bloc chancelant. Le mystère de l’homme de glace est enfin résolu et son meurtrier va demeurer enfermé pour les prochains millénaires dans une châsse spécialement aménagée située à l’intérieur des locaux de la pizzeria « Aiuto Mamma! » Tous les artéfacts reliés à l’affaire seront exposés à proximité pour que le public puisse juger de l’incongruité de l’affaire et de son dénouement. On compte aussi installer quelques blocs artificiels pour que les amateurs de sensations fortes puissent tenter l’expérience du sport néolithique. Une question subsiste: pourquoi la pratique de l’escalade sur de petits blocs a-t-elle disparue? Le professeur Crespi suppose que l’avancée de l’agriculture éloigna les humains des parois rocheuses qui ne devinrent plus que des obstacles au progrès. De plus, une compétition malsaine aurait pu nuire aux performances reproductives des individus les plus doués. Si les meilleurs tombent, qui reste-il pour meubler le paysage? Une forte pression féminine peut être suffisante pour garder les meilleurs reproducteurs à la caverne : l’histoire de Lysistrata et la grève du sexe par les Athéniennes (relire Aristophane), nous le prouve bien. Et puis la découverte de la fermentation fit que les soirées autour du feu, à toujours écouter les mêmes récits, étaient toujours aussi ennuyantes mais finalement assez supportables après quelques litres de bière maison. L’homme, et surtout le grimpeur, changera-t-il un jour? Nous tenons à remercier le professeur Hazebine Rouzo, spécialiste mondial en peintures rupestres, pour son aide lors du déchiffrement des artéfacts.
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