| Juin 2005 |
|
||
|
Oculus |
© Jean Pierre Banville |
||
|
|
|||
|
Avant-hier, j’étais en train de lire et, soudainement, j’ai saisi une craie – il en traîne partout, gracieuseté de vous savez qui – puis j’ai écrit le mot « Oculus » sur la pierre. Comme cela! « Oculus »… Parti de rien. Sans raison. Un geste gratuit et spontané. « Oculus » Je ne file pas trop ces derniers temps. Je n’arrive pas à reprendre les rênes de ma vie. Je suis un peu à la dérive. Perdu. Je connais le latin, bien entendu. Ou plutôt j’ai appris le latin il y a assez longtemps pour en oublier la majeure partie. Le mot n’a donc pas de secret pour moi. Est-ce un message de mon cerveau qui tient à me faire savoir que je dois faire un peu d’introspection? Que ma vérité n’arrivera que lorsque je verrai plus clair en moi? Hier soir on a eu un orage et ce matin j’ai réécris « Oculus » sur la pierre. Parce que si je n’ai pas la vision d’une nouvelle voie, je vais devenir fou ou, pire, je vais continuer à vivre une existence de zombie. Quand rien ne va, il faut casser le moule! Ca, c’est ma situation. Puis, en marchant, il m’est venu à l’idée que personne ne faisait d’introspection sur notre devenir en temps que « sport passion ». Qui se soucie de ce que sera l’escalade et la montagne dans cinq ans? Dans dix ans? Qui même réfléchit à ce qui pourrait arriver, ce qui pourrait influencer nos pratiques? Il faut essayer de prévoir le futur et ses possibles pour ensuite tenter d’influencer les évènements en notre faveur! Mais qui le fait? Où est la réflexion critique? N’allez pas me dire que les diverses fédérations sont garantes de notre futur… Elles gèrent le présent à l’aide de subventions, elles investissent dans l’année et disposent des prévisions budgétaires. Est-ce de la réflexion critique sur une pratique qui est plus insaisissable que le mercure? Pouvons-nous, devons-nous tenter de faire de la futurologie? Est-il possible de prédire ce dont seront faites les prochaines cinq années? Je verrais bien une étude stratégique sur les menaces, les conflits, les opportunités, les challenges. Le monde est vaste et il y a certainement un minimum de choses que nous pouvons accomplir pour que toutes les chances soient de notre coté. Pour assurer à nos enfants la pérennité des activités de Montagne. Accessibles, libres, gratuites, harmonisées, développées. Sans vision – oculus – on ne peut s’organiser. Et si on ne peut s’organiser, d’autres vont nous organiser selon leur agenda et leur bon vouloir. Et ça va faire mal… Sans contrôle sur notre destinée, nous ne sommes que des pantins soumis aux diktats de groupes de pression mieux organisés et plus visibles, plus vocaux, plus démonstratifs. Ces groupes n’ont pas de considération pour nos activités. Au mieux sommes-nous une source de revenu. Au pire, des anarchistes inconscients qui violent la Nature. Moi, pour ce que j’en dit… Oculus, c’est aussi cet œil architectural ouvert sur la voie lactée. Un lien entre la Terre et le Ciel, une invitation antique à sublimer ses désirs primaires pour tenter de chercher plus loin, plus haut, les vraies réponses aux vraies questions. Ce n’était pas le but recherché, tout d’abord, en abordant la Montagne? Et ne devons nous pas cette recherche à nos descendants?
Ceux qui aimeront suivre nos pas vers les sommets. |
|||
|
|
|||
|
|
|||
|
|
|||