03 Mai 2005  

Omnia Gallia in tres partes divida est

© Jean Pierre Banville



Des Bauzilles à la tonne
 

Programme de la journée : grimper à St-Bauzille de Montmel.

Vague idée qui me tourne dans la tête. Couché dans mon lit au gîte, je repasse la soirée de la veille qui a vu Pierre Rouzo venir partager nos brochettes cuites sur le grill et quelques bouteilles d’excellents Gigondas et Costières de Nîmes. Tellement que notre ami s’est décidé à camper dans une des chambres vides de notre humble demeure : toutes ces discussions sur l’escalade et ses acteurs fatiguent pas qu’un peu !

Je me suis levé en même temps que Pierre et on s’est fait un café dans la Cappuccino Turbo… 15 minutes par tasse tellement il y a du calcaire dans la tuyauterie ! Beau temps et Pierre décide de se joindre à Serge et moi pour grimper à St-Bauzille ; Olivier et Marie ont promis à Lilas de lui montrer la mer et viendront nous chercher à la fin de la journée. Heureusement pour eux, le temps est clair.
 

On charge la AX10 de Pierre, une aventure automobile en soi car certaines portes ne ferment plus et les amortisseurs supportent mal le poids combiné de nos deux gros corps nordiques. Puis on roule vers Sommières … pour arriver à 7kms du bourg et frapper des réparations. Pierre décida alors de prendre à travers champ… oui, vous avez bien lu…à travers champ pour éviter les travaux ! Un vague chemin entre des vignes qui mène bien au village… directement en face des camions et des gars avec la pelle mécanique. On reprend une étroite allée qui descend vers la départementale pour arriver à un cul de sac au milieu des vignes. Il n’y a que cela, des vignes, dans l’Hérault…

On rebrousse chemin et on trouve enfin un petit chemin qui mène à Sommières, patrie de la fameuse terre qui absorbe le gras comme le sait toute bonne maîtresse de maison.  Je crois qu’on devrait, Serge et moi, passer plusieurs heures couchés sur cette terre bénie pour profiter de ses bienfaits. Mais non… on traverse le fameux pont romain et après quelques détours – Pierre retournait se reposer à Montpellier – on arrive enfin au parking de St-Bauzille.
 

Très belle falaise, toute en soleil, et possédant des voies diverses de toutes les difficultés.

Pas trop haute, juste assez, et il y a des caves coopératives dans tous les villages alentour. Pas de colonnettes, quelques trous et des dévers.

Il y a des rubans de marquage plein le sentier : Pierre nous dit que c’est l’armée qui les laisse pour éviter de perdre des recrues donc, en bons éco-citoyens, on se hâte de les enlever pour les jeter plus tard.

 

On se dirige vers le secteur de gauche, facile, et on y trouve quelques grimpeurs d’un quelconque bataillon dirigé par un capitaine ( ?) qui apostrophe tous et chacun. Verbomoteur, le capitaine…

Serge et moi faisons deux voies puis on se décide à tenter une voie à gauche du groupe. Pierre nous précède.

Croisant les sacs, son regard tombe sur une pile de topos PHOTOCOPIÉS !!!!
 

Faisant ni une ni deux, il se penche, attrape la pile, regarde le bel officier casqué de rouge et déchire les photocopies direct dans sa face …

Le visage du capitaine vire immédiatement au même rouge que son casque et il commence à baver du coin des lèvres.

« Mais qu’est-ce que cette bande de cons ! » « Pourquoi tu as fait ça ? L’armée achète des topos et dépense de l’argent, et bla bla bla … »

« Faites-vous partie de la FFME ? Vous n’avez même pas de casques, c’est dangereux, bande de connards ! »

« Je vais vous pourrir votre journée, moi ! »
 

Considérant que la journée risquait d’être longue, on se décide à ramener nos pénates vers la paroi du centre. À un moment donné, il allait manquer de salive !

On ramasse les sacs et on suit le sentier… et qu’est-ce qui arrive en bas, au parking ?

Une ambulance militaire et un gros camion qui décharge un bataillon entier.

Plus de ruban de marquage…

La foule tourne autour du camion comme un poulailler sans son coq.

Coq qui se décide à descendre à la hâte pour récupérer sa couvée : on voit au loin le casque rouge naviguant le thym et le romarin.

Nous sommes sans doute interdits de séjour sur les bases militaires du Gard et de l’Héraut…
 


La journée se passe à grimper sur ce beau calcaire et, à l’arriver des petits baigneurs, nous sommes prêts pour une séance de réhydratation dans une cave coopérative puis dans un troquet local.

Comme le dit Pierre Rouzo – et je partage son opinion – il faut consommer localement pour être considéré par les habitants du coin.

On consomme donc allégrement avant de se quitter pour rejoindre nos lits respectifs et une longue nuit de récupération.
 

La AX10 s’en retourne vers Montpellier et j’ai le sentiment de quitter un ami de longue date.

Demain nous retournons à Seynes… pays des colonnettes.

 

Mais qui était St Bauzille ???