| Avril 2006 |
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Le Paradis au bout de la galaxie. |
© Jean Pierre Banville |
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Les astronomes de l’observatoire Jodrell Bank ont découvert un nuage d’alcool de 463 milliards de kilomètres de long. Tout près, dans une région de la Voie Lactée, dans notre propre galaxie! Vous imaginez? Je me suis toujours demandé où ma tante Catin s’était réfugiée après s’être débarrassée de toutes les personnes qui lui en voulaient (un paquet…). J’ai maintenant ma réponse! Elle qui se débouchait un 26 onces de gros gin et qui jetait le bouchon pour ne pas succomber à la tentation de le refermer. Remarquez qu’elle jetait le bouchon dans la poubelle et pas au pied d’une falaise ou d’un bloc. Elle savait vivre, la Catin. Education classique chez les soeurs et tout le bataclan… Elle aurait fait rouler la majorité des grimpeurs polonais sous une table mais jamais elle n’aurait sali un coin de prairie. D’autant plus que les prairies, ici, sont sous la neige sept ou huit mois par année donc les cochonneries détonnent sur le grand couvert blanc. Elle aurait été la première à vous dire que si tu jettes ton kleenex à terre, tu vas certainement poser le pied sur celui du voisin un peu plus loin. Si tu déconcrisses les bancs du parc, tu vas le faire deux, trois fois puis la ville va fermer le parc et vendre le terrain à une grosse compagnie. Fini les pique-niques! Comment ma tante Catin, née à la fin des années 1800 (c’est en fait ma grand-tante), pouvait-elle connaître toutes ces choses avant l’avènement de la conscience environnementale et des menaces de fermeture de sites d’escalade pour cause de cochonnage? C’est un grand mystère… Elle aurait été une super bonne grand-tante si elle n’avait pas eu cette manie de nous donner des coups de canne, à mon frère et à moi. Ca n’allait jamais assez vite à son goût! Hélas, personne n’est parfait. Néanmoins elle a mérité son éternité à surfer le nuage d’alcool galactique. Certains grimpeurs risquent, eux, de se retrouver sur le versant ensoleillé de Mercure. Quitte à parler de chaleur, j’ai servi de guide ce midi à deux jeunes Français désirant visiter les sites d’escalade de la région. Comme il a plu et neigé une partie de la semaine, il ne restait de disponible qu’un petit site au bord du majestueux St Laurent. En fait, personne n’aurait pensé grimper dehors aujourd’hui… Départ à 11 :00 et, au stationnement, le thermomètre de mon auto indique 0 Celsius. Descente vers le fleuve où la marée commence à monter. Le vent fait facilement quinze kilomètres à l’heure… et c’est humide… et il y a un bon couvert nuageux. On se décide pour une petite voie tout au bout de la barre rocheuse qui s’avance dans l’eau. Pour se réchauffer… Mes deux compagnons grelottent sous leurs tuques et serrent les dents à l’idée de poser les doigts sur la pierre. Le vent traverse les vêtements et l’eau s’avance inexorablement vers le pied de la paroi, y amenant une vapeur gelée. En fait, quelques voies autour sont encore sous une gangue de glace! Je grimpe au sommet par le sentier et je joue au photographe, fixant pour une éternité relative les visages qui grimacent sous la bise de nos quelques arpents de neige. Des souvenirs mémorables : ils ne l’oublieront pas de sitôt, ce premier vertical en Amérique. Moi aussi, j’ai grimpé. Dieu que c’était bon!!! Toucher au rocher après sept mois en salle. Toucher au rocher glacé, sous le vent qui vient des Grands Lacs, se sentir libre les deux pieds dans la neige en assurant des copains qui viennent de loin, goûter au faible soleil des quelques éclaircies de fin d’après-midi… Si on perd tout cela par notre faute, parce qu’on est trop idiot pour s’apercevoir que le milieu qui nous entoure et les propriétaires qui nous accueillent méritent notre respect et notre considération… nous privons alors notre descendance de son dû. Est-ce que c’est ce qu’on veut, collectivement? Une fuite vers l’avant de certains qui se termine pour tous par l’arrêt brutal sur un mur? J’aime trop ma liberté et ma passion pour les voir menacer par d’autres. Je vais me débattre pas qu’un peu! Et demain, devinez quoi? On retourne grimper… même météo… même site… il reste des voies à faire. L’avenir est à ceux qui grimpent tôt!
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