| Décembre 2005 |
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Du rififi chez les troueurs... |
© Jean Pierre Banville |
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Cherchez pas le mot « troueur » dans un quelconque dictionnaire. Il n’existe ni dans le Larousse et pas plus dans le Robert. Ne cherchez pas non plus le mot « équipeur ». Les deux dictionnaires phares de la langue française me confirment qu’il n’existe pas. Un téléphone rapide à l’Académie Française où les Immortels m’assurent que ce mot n’est que pure invention et que ce n’est pas demain la veille de son ascension au firmament des belles lettres . Les « équipeurs » ne sont que de vulgaires perforateurs. Ils manipulent des perforatrices et ce ne sont donc que des perforateurs. Voilà qui explique le peu de respect accordé à cette meute d’enragés qui se démènent comme des zouaves en campagne au pied de tous cailloux valables et même, parfois, pas valables pour une cenne noire. Ils ne sont pas des « équipeurs » mais uniquement des perforateurs… ils percent, collent et vont leur chemin. On peut donc leur jeter la première pierre et les suivantes aussi. Il est bien connu que les perforateurs ne posent jamais le point au bon endroit. Trop haut, trop à gauche ou trop bas, à droite. Et que la distance entre les points n’est jamais correcte parce que jamais mesurée selon l’abside inférieure de Vénus par rapport au Soleil au moment de la migration annuelle des gnous. Et l’influence des gnous sur la distance entre les points est connue de tout grimpeur qui se respecte! Qui sait aussi que la purge doit s’effectuer dans le transit de Vénus, par beau temps, entre 6 et 7 heures le matin. Qu’on ne doit pas modifier le caillou et que jamais, au grand jamais, une prise ne peut être créée sauf si tous les grimpeurs du coin sont en train de fumer un joint au pied d’un bloc voisin et que le premier essai est par la suite adjugé à la star locale. Qu’on ne doit pas perforer de haut en bas mais bien de bas en haut sauf les jours de jeûne chez les Hottentots. Exemple bien connu : Toute l’œuvre de Bruno Fara est déficiente parce qu’il n’a jamais su différencier un beau gnou d’un vulgaire yak. Les critiques virulentes à l’endroit de ce perforateur sont donc fondées. Et ses voies sont majoritairement des bouses, de yak bien sûr. Autre exemple : Pierre Rouzo qui laisse une distance indue entre ses points. Encore là, refus total de faire le moindre calcul et une fixation énorme sur certaines caractéristiques morphologiques de Vénus. Un désastre assuré! En prime, il purge après avoir transité sur ladite Vénus!!! Je vous le dis : tout aussi longtemps que les perforateurs n’auront pas réussi à faire admettre le terme « équipeur » dans la langue de Molière, ils ne seront que des sous-fifres. De vulgaires mineurs exposés à tous les coups de grisou! Sans compter que des normes strictes de pose d’équipement fixe sont disponibles en syriaque et en araméen les jeudis soirs de pleine lune sur un site web ouzbek et que personne ne peut justifier son ignorance des désirs du public consommateur de voies tracées en stainless. -« Encore en train de délirer sur ce clavier! Ecris sérieusement ou bien va nourrir Mushi… » Tiens, je ne me suis pas méfié de mes arrières et voilà que Gère-Mêne vient faire sa loi dans le bureau. Remarquez que je voudrais bien écrire sérieusement mais pas un éditeur n’accepte ma prose, délirante ou pas, alors je continue à délirer.
Quant à Mushi, et bien c’est le poisson rouge de mon fils! On m’avait
promis que je n’aurais jamais à m’en occuper… je ne veux ni plantes, ni
animaux dans la maison… mais, bien entendu, trois semaines après son
arrivée, l’effet de nouveauté s’était évaporé et je restais seul à me
préoccuper de son bien-être. Mushi vit dans un aquarium au salon. Il mange tout le temps et ne fait strictement rien sauf du surf dans le jet de sortie du filtre. Amusant… Logé, nourri, blanchi, pas de restrictions ou de normes. Une vie idéale, quoi! Le paradis et pas de plaintes possibles. D’ailleurs, un poisson, ça ne se plaint pas… C’est sans doute l’unique différence entre Mushi et les grimpeurs sportifs! Mushi profite de l’instant présent et ne va pas me cracher de l’eau parce que son aquarium est un peu sale. Parce que je l’ai nourri à midi plutôt qu’à 8 heures. Parce que j’ai utilisé de l’eau Naya plutôt que de la Montclair pour remplir son bassin lors du nettoyage hebdomadaire. Parce que sa petite algue de plastique est à gauche plutôt qu’à droite. Je ne suis pas inconséquent et je veux le bien-être de ce petit poisson. J’aime bien le voir surfer dans le courant artificiel. J’ai accepté la responsabilité de le nourrir et je m’en acquitte du mieux que je peux considérant les autres facteurs qui influencent ma vie. Et Mushi me le rend bien car il ne me lance pas d’eau au visage à toutes les fois que j’ouvre le couvercle… Quelquefois le milieu de l’escalade me désespère. En fin de semaine, on m’a certifié que je ne pouvais pas créer des voies de bloc difficiles parce que je ne pouvais pas les grimper moi-même. Alors que les meilleurs grimpeurs de la province étaient en train de prouver le contraire en ayant un maximum de plaisir sur les voies de compétition que j’avais créées la nuit précédente… voilà pour les ânes avec œillères… J’ouvre l’ordinateur et je ne vois que des déchirements, des plaintes, des critiques, des attaques personnelles visant majoritairement des perforateurs. Toujours la même rengaine : on croirait entendre un concert donné par des musiciens souffrant d’Alzheimer. On va régler cela une fois pour toutes… TOUT LE MONDE FAIT DES ERREURS! Mais, considérant le nombre de voies en existence, les erreurs sont minimes. Il existe une courbe d’apprentissage pour toute activité et chaque grimpeur est, en fin du compte, responsable de sa propre sécurité. On a, ultimement, le choix de ne pas grimper une voie qui ne nous plait pas. Et, pour terminer avant d’aller nourrir le poisson rouge, souvenez vous que Einstein certifiait que l’imagination est supérieure à la connaissance. Certains diront : « Qu’est-ce qu’ils connaissait à l’escalade, cet Einstein? » Je vais nourrir Mushi…
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