25 Mars 2005  

Des profondeurs,
je crie vers toi...

© Jean Pierre Banville



Dimanche, première journée du printemps.
Bien entendu, on n’apercevra pas de feuilles aux arbres avant la mi-mai et, même à ce moment, le mercure va aller chatouiller les 12C en plein midi. Ce n’est pas pour rien que les vers de terre ont de la fourrure ici !

Mais il faisait beau dimanche, gros soleil, et la neige fondait sur mon auto. Un peu plus et j’ôtais le plus léger de mes trois manteaux. Mon mal de tête causé par la venue de treize enfants pour l’anniversaire de l’extraterrestre vendredi se résorbait lentement de même que les courbatures dues à la journée de grand ménage pour remettre la maison en ordre et décaper les gallons de jus renversés par terre, les morceaux de gâteau effoirés  dans le sous-sol, les minous de poussière qui roulent comme des broussailles dans le désert.

Les routes étaient sur l’asphalte sèche alors que je roulais vers deux prétendues falaises qu’il nous fallait vérifier avant de commencer la saison d’ouverture fin avril. J’ai évité trois lièvres, deux renards, deux chevreuils et un gros orignal puis je pense avoir vu la queue d’un ours médium. Le printemps active tout ce beau monde…

Une petite randonnée en raquettes sur le flanc nord d’une grosse colline. Je hais les raquettes… en fait, j’avais avec moi les raquettes indiennes de mon beau frère Bruno. Raquettes qui ont sans doute été portées par des Hurons quand ils sont venus rencontrer le gouverneur Frontenac en 1712.

Dany, lui, a ces nouvelles raquettes en néoprène hi-tech.

Alors on descend de son 4x4  et on aborde une piste qui « porte » sauf qu’à tous les 15 mètres on cale à la taille. Et on nage pour sortir du trou!

Monte et monte… une falaise se dessine mais plus rien ne porte plus. Et l’inclinaison est telle que les raquettes hi-tech ne servent à rien : dans la plus belle tradition des expéditions alpines, on fait la trace. Mais pas une petite trace moumounne… non… une vraie tranchée car j’ai de la neige aux aisselles !
 


Je plante les raquettes devant moi et je m’en sers comme des pieux à neige pour me hisser de quelques pouces et refaire le manège. Dany se sert des siennes pour pelleter vers l’arrière! A un certain moment, j’ai même cru à une possibilité d’avalanche!
On était mouillé, trempé, frette sec.
 

 

 

 

 

Tout cela pour les plus belles falaises depuis des semaines. De gigantesques blocs de 15 mètres d’un rocher parfait…une paroi d’une trentaine de mètres. Et bien à l’ombre d’une face nord sous des tonnes de neige.

 

 

 

 

 

On a ainsi monté au sommet pour redescendre, lui en raquettes et moi. Bon, moi j’ai fait deux pas avec les maudites raquettes indiennes et elles me sont sorties des pieds. En pleine face dans la neige! Puis je suis descendu sur le derrière…


On va visiter une autre paroi située assez loin sur du plat : je déchaussais aux cinq pas. Et moins encore s’il y avait une petite pente.

Je hais les raquettes…

Mais l’aventure en valait la peine car nous avons maintenant assez de matériel pour commencer ce qui pourrait être une saison exceptionnelle d’ouverture. Et pas seulement des voies faciles! Le contraire semble beaucoup plus juste.

Si seulement la neige vient à fondre!
 


En prime, on a croisé des traces de lynx – sans doute – et espérons-le car on a annoncé que le couguar était maintenant revenu dans les forêts québécoises.  Si je peux retrouver des poils et que c’est le cas, je lance des invitations à quelques grimpeurs de mon patelin et je les laisse se débrouiller en forêt. A défaut de se démarquer par leur intellect, ils pourraient gagner à être connus comme les premières victimes du fauve depuis trois cent ans.

Quelle fin écologique!
 

Un philosophe a déjà dit : « Il leur est plus facile de mourir que de penser! »

Sans doute seraient-ils indigestes, même pour un couguar! Les félidés sont très regardant quant à leur nourriture…

Une méchante semaine!!!

Heureusement qu’il ne me reste que quelques dodos avant de partir en vacances.

Voici ce que je vais tenter de faire :

Avec l’aide de mes amis Yann et Philippe, je vais essayer d’écrire un « journal de voyage » quotidien et d’y laisser  s’exprimer certains des individus – notoires – que je vais rencontrer durant mes pérégrinations.

Comme le disait LZM, ce voyage promet de ne pas être banal.

Raison de plus pour vous en faire profiter au maximum!

Premier épisode le 7 avril au soir.

Qu’on se le dise!

Ps : je projette aussi, à la fin de cette aventure, de mettre en forme toutes mes chroniques et de les publier dans un petit bouquin. Si vous connaissez un éditeur… sinon ce sera à compte d’auteur.

Les nouvelles et contes seront réunis dans un autre ouvrage.