25 Janvier 2005  

Relativisation thermique

© Jean Pierre Banville


 
Il fait -35C dehors et mon auto ne démarre pas. Je suis condamné à faire le ménage dans la maison : impossible de me rendre au travail.
Hier, dimanche, avec le facteur vent, il faisait -42 et mon camarade Dany et moi on s’est payé une journée sur une suite de nanocascades, toutes à l’ombre.

Vendredi soir, il faisait -49 dehors et la peau non protégée gelait en moins de 5 minutes, dixit le canal météo qui suggérait de ne pas mettre les chats dehors sous peine de les rentrer, tout raides, par la queue.
Même les stations de ski (illuminées ici le soir) étaient fermées.

Trop de travail que de ramasser tous les nez qui tombent sous les télésièges…

 Vague de froid qui va durer jusqu’à vendredi alors que, pendant ce temps, les provinces maritimes connaissent une tempête de neige monstre qui amène près d’un mètre de ce beau manteau blanc. Je le sais de première main : ma blonde est en ce moment au Nouveau Brunswick (elle est acadienne) pour un enterrement et ils en sont à chercher le cercueil sous la neige… ils n’auraient jamais dû le déposer sur les cotés de la fosse pour dire les prières d’usage !

Remarquez, on se fait à tout : les maisons sont chauffées à l’électricité (hydroélectrique et la meilleure marché au monde) et toutes les voitures possèdent des pneus d’hiver. En plus, nous avons bien entendu deux garde-robes : été et hiver ce qui pose des problème d’espace et de porte-monnaie.

On assume bien notre nordicité d’autant plus que les choix sont minces : la Floride pour la gériatrie et la Californie pour le jet-set. Les autres, misérables prolétaires, se contentent de grimper des cascades qui ont un son de tuyaux d’orgue ou bien enlèvent leurs gants pour grimper une petite voie rocheuse. Ne riez pas… je l’ai fait hier sachant très bien que la mégère isolée sous son banc de neige dans son Acadie ne pourrait voir le résultat sur mes bouts de doigts. Les lambeaux de chair blanchâtres ne caressent pas tellement bien… au moins, cette fois, il n’y a pas de sang qui perle au bout !

Mais avons-nous le choix ?

Vous connaissez tous la danse de la pluie…

Si c’était si simple !!!

Non.

Il y a la danse du grand vent. La danse de l’Arctique. La danse du 100% d’humidité. La danse du beau temps avec un petit vent pour éloigner les mouches. La danse de l’orage   (souvent utilisée quand l’équipeur est au sommet de la paroi et que tout l’équipement est prêt à être posé). La danse du blizzard. La danse de la pluie verglaçante. La danse du calme plat (avec tous les insectes qui veulent vous vider de votre sang).

Bref, toutes ces danses sont le reliquat de la grande culture amérindienne et disponibles pour la maigre somme de $19.95 pour qui veut les apprendre. Et on peut diriger à volonté l’effet météo ! Pourquoi pensez-vous que les oranges sont toujours plus chères sinon parce que la danse de la pluie verglaçante est venue aider les producteurs en réduisant les récoltes? Pourquoi la hausse du prix du café, cet essentiel qui ne supporte pas le froid?

Or je dois me confesser : cet été, j’ai amené le résultat de mon patrimoine génétique à Wendake. Là, sous la supervision d’un shaman dont on croit qu’il était sous l’influence d’une quelconque herbe divinatoire, il a appris les différentes versions du « rap de la météo » sans en saisir les subtilités.

Ça ne devait pas être de l’herbe à chat qu’il inhalait, le sorcier, parce que c’était mettre le monde en péril que de donner à cette vieille âme qu’est mon rejeton le pouvoir d’influencer la météo en dansant…

Depuis ce temps, la planète ne connaît que des bouleversements climatiques majeurs et lui n’arrête pas de tourner dans le sous-sol. En hurlant des mélopées incompréhensibles dont on supposait qu’elles provenaient d’un excès de toasts au Nutella.

On s’excuse donc pour la neige !

Voyez le bon coté : en fondant, elle va nettoyer les prises incrustées de magnésie…

-«Marc Antoine! Va tourner dans ta chambre… petit vicieux… on annonce encore de la grêle aux Galapagos ! Pense aux tortues et danse autre chose… »
 

 

 

Ci-contre, Marc Antoine,
prêt à toutes les danses du "rap météo" pour séduire sa belle alsacienne...!!
Voilà donc, en image, le responsable de tous les bouleversements climatiques que connaît notre planète depuis ces six dernières années... l'Amour !!

 

Mille excuses JPB...!

Phil

 

 

© photo JP Banville