| Février 2007 |
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Le silence est de glace |
© Jean Pierre Banville |
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Le silence…
Depuis le début de janvier, c’est la tombe. Plus un mot. Plus un son. L’automne fut anormalement chaud et sec cette année. Tous les chantres du réchauffement climatique, tous les prêcheurs de la nouvelle religion branchée, tous les flagellants barbus de la grande noirceur s’en sont donnés à cœur joie dans tous les médias. Ils avaient la cote… peu de neige à Noël… où était passé notre beau Noël blanc? Mais voilà que, depuis le cinq janvier, le thermomètre est sous les moyennes de saison. Tous les jours ou presque. Le nord de l’État de New York a reçu trois mètres de neige. L’ouest du pays n’en finit plus de pelleter. Tiens… plus rien… personne pour annoncer la fin du monde. Pas de millénarisme climatique! Les médias nous parlent des routes couvertes de glace noire et des vieilles dames gelées à l’arrêt d’autobus. Les flagellants barbus ont sans doute pris des vacances dans les Îles, loin de l’hiver. Vous savez que le dernier épisode glaciaire ne date que de quelques dizaines de milliers d’années? Il y a vingt mille ans, ici, à Québec, il y avait deux kilomètres de glace. Deux kilomètres d’épais… Crime… il a fait chaud pas qu’un peu pour faire fondre deux milles mètres de glace! Qui a bien pu émettre tous les polluants responsables de ce désastre? C’est à se demander pourquoi personne n’a retrouvé de dessins rupestres paléo-indiens montrant les méfaits du réchauffement climatique de l’époque!!! La désertification… le rehaussement du niveau des océans… les ouragans et les tempêtes… la perte de ces merveilleux glaciers qui couvraient tout un continent et les autres aussi… la disparition de l’habitat de l’ours des cavernes, du tigre à dents de sabre… Sachant qu’on retrouve des forêts pétrifiées dans les îles de l’Arctique, des forêts tropicales… on se demande quel est le ‘’bon’’ climat! Et si la planète a vécu de nombreuses périodes de changements climatiques ‘’naturelles’’, qu’est-ce que nos flagellants barbus veulent sauver sinon le statu quo actuel d’une humanité qui n’en finit pas de procréer. Moi, je n’ai rien contre les deux kilomètres de glace! Mais s’ils revenaient, ces kilomètres, nos flagellants barbus seraient contre ça aussi. Une vraie religion ne peut supporter l’idée de plaisir : il faut souffrir, expier et punir! Donc pas d’escalade de glace… et pas de plage de nudistes sur les berges d’un St Laurent tempéré. Ce sont les mêmes qui annoncent périodiquement notre mort par virus interposés. Le virus du Nil, la grippe aviaire, la vache folle, la maladie de Lyme. Et les OGM… n’oublions pas les OGM… Quel vieux chialeux je fais. Je vais être puni… sans doute passer une éternité en Enfer… Mais voilà! Je la tiens, la cause du réchauffement climatique! C’est l’Enfer. Il y a trop de monde en Enfer et les chaudières infernales sont au maximum. Le mercure monte et hop, le climat terrestre se réchauffe. Faut faire une plainte au Bon Dieu. Lui demander de baisser les standards d’admission. Plus de monde au Ciel, moins de gens à châtier en Enfer! L’autre solution étant de poursuivre en justice le Diable et ses suppôts pour rejets de déchets toxiques. Et je ne suis pas celui qui ira livrer le sub-poena… Mais bon, faut dire que le froid de cet hiver favorise l’escalade de glace. On n’a plus les quelques milliers de kilomètres de glacier (disparus sans doute à cause des pets de mammouth) mais il reste des perles à découvrir, surtout quand la mentalité prédominante est de toujours revenir face aux mêmes cascades, de planter ses outils dans les trous de piolets du gars qui vient de passer. Où est passé l’esprit de découverte? Je crois plutôt que l’escalade de glace, comme les glaciers, est en période de régression. Le médium n’est plus ’’in’’, les photos sont moins porteuses d’émotion que celles prises sur les falaises ou les blocs, les compétitions ne sont plus que des exercices de cirque totalement coupés de la réalité.
Et l’équipement coûte cher. Très cher… même au Québec, il devient difficile de trouver des revendeurs. Les magasins liquident et adjugent l’espace plancher à la raquette, plus porteuse, plus démocratique. Un investissement ardu à rentabiliser; un plaisir qui borde souvent le masochisme ou la peur panique. Difficile d’imaginer quelque chose de moins ludique : les doigts gelés sur le manche des piolets, les crampons qui n’accrochent pas et une vis à glace qui vient de vous échapper des mains ($75 chez le diable…).
Pouvons-nous sauver l’escalade de glace, la pratique de la
cascade? Je ne sais pas… les gens regardent mais n’investissent pas. La couverture médiatique est proche du zéro absolu. Les coûts grimpent en flèche. Ce n’est pas une activité familiale. Le casque est conseillé et il fait froid. Les cascades ne sont pas au bord des routes. Ou rarement… Pas tellement de solutions… et en prime, si le climat se réchauffe, il n’y en aura plus de glace et tout l’équipement va demeurer dans les garde-robes à accumuler de la poussière. L’escalade de glace est une discipline hermétique. L’escalade de glace, c’est pas qu’un peu élitiste… et ce sera la cause de sa disparition… Non, pas le réchauffement climatique mais bien le fait de l’élitisme des pratiquants et l’appât du gain des équipementiers. Je regrette ces jours bénis de fin d’époque glaciaire où l’on pouvait contempler le bleu marial sur toutes les collines du bouclier canadien. Ce devait être fantastique… mais qu’est-ce qui a causé le réchauffement d’alors? Dans un autre ordre d’idée… Que faire lorsque la maladie, une maladie grave et débilitante, touche un grimpeur et équipeur de pointe? Que dire à quelqu’un qui a consacré les dernières trente années de sa vie à l’escalade? On va me dire que le vieil âge nous attend tous et qu’il arrive un jour où il faut stopper ce délire. Cette frénésie de sorties et d’ouvertures. Je ne sais pas… je crois fermement que certains d’entre nous sont enfermés dans un corps qui vieillit mais que leur cerveau annonce vingt-cinq ou trente ans. Nous pensons tous avoir trente ans jusqu’à ce que la maladie tente de nous réduire à l’impuissance. Et quand ce n’est pas la maladie, c’est le désespoir. L’usure du temps, les espoirs déçus, les trahisons, tous ces petits mensonges quotidiens. Crime … quoi dire? Survivre et se battre sans doute. Tenter de valider notre désir d’immortalité terrestre. Aller jusqu’au bout. Bec et ongles. S’il faut partir un jour, que ce soit en luttant. Allez, que les aveugles voient et que les malades guérissent. S’il n’y a qu’une foi, c’est bien de croire en soi. Par cette perceuse, tu vaincras! Le signe de Constantin n’était qu’un nuage qui ressemblait à une Ryobi. Le pauvre fou y a vu une croix… Bon combat, Ami Grimpeur!
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