| Mars 2006 |
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Statler & Waldorf |
© Jean Pierre Banville |
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Vous êtes des fans des Muppets ? Vous connaissez donc les deux gentlemen bien assis à leur balcon lors des spectacles. Les deux gentlemen qui ne cessent de tirer à boulets rouges sur tout ce qui se passe sur la scène. Désopilant ! Réellement, leurs réparties sont dignes des meilleurs gags de Groucho. Ils critiquent et l’action et les acteurs, poignardant volontiers St Georges et son dragon. Ils demeurent, de loin, les parfaits gérants d’estrade ! Sauf que, quand on y pense bien, ils n’apportent rien à l’action qui se déroule sur scène. Kermit et Miss Piggy peuvent s’en donner à cœur joie, les martiens peuvent atterrir, le Chef peut rater ses omelettes, jamais ces deux bons vieillards ne vont intervenir si ce n’est pour critiquer, sotto voce, la coupe du décolleté plongeant de la Piggy. Drôle, oui. Constructif, non… On écoute les Muppets pour se divertir. On se balance donc de l’apport réel de Statler et Waldorf à l’action. Dans la vie, par contre, et plus précisément dans le microcosme de la Montagne, on rencontre trois sortes d’individus. Les crinqués qui vivent leur passion à 100 milles à l’heure et la partagent. Les cools qui aiment l’atmosphère et la sensation mais préfèrent butiner les pratiques. Les bougons qui pratiquent pour la galerie et critiquent pour exhiber leur savoir. Dans la vie, il n’y a que l’investissement personnel qui rapporte. A soi et aux autres. A la dernière seconde de notre vie, le regret ne doit pas être : « J’aurais bien dû lui dire ses quatres vérités. » mais bien -« J’aurais bien dû visiter ce site et goûter les cépages locaux. »- Les porteurs du cercueil doivent penser : -« J’aurais bien aimé marcher dans ses traces et discuter un peu plus longtemps. » plutôt que -« Il leur a bien montré qu’il était capable de les planter pas qu’un peu. » Notre investissement personnel dans notre passion doit passer par les autres. C’est par eux que nous grandissons, tellement plus que par le simple fait de grimper en force une lettre de plus. On retient d’un champion non son 9a mais le fait qu’il soit disponible pour assurer un débutant inconnu dans une voie facile en salle ou en falaise. C’est ce qui laisse l’impression finale de fin de carrière. L’humilité. Ce genre de champion n’est pas un bougon… Dans la vie, on a toujours le choix. On ramasse une donne à la naissance et on doit la jouer au meilleur de notre connaissance. Et l’important, c’est de la jouer avec le sourire. Envers et contre tous. Même les bougons… On peut réussir. On peut perdre aussi. Tout est dans la façon de jouer. Ai-je besoin de vous montrer en exemple un grimpeur d’exception, la figure phare du Handi Grimpe ? Une photo de Philippe Ribière en bloc dit tout. Mais aussi, il y a de ces gens qui font de leur quotidien vertical un partage. De ces gens qui n’ont pas la notoriété des champions, qui n’auront jamais une commandite ou une photo dans un magazine, qui ne toucheront jamais un sous en rétribution… et qui, en toute humilité, passent soirs et fins de semaine à faire partager leur passion. Je pourrais donner en exemple J-C Chabrier, un modo corso-alsacien-klingentalien qui ne compte jamais son temps pour que le plus grand nombre ait la chance de découvrir le monde de la montagne. Et il y en a des centaines comme lui, partout, qui oeuvrent à disséminer l’amour du rocher et les techniques pour l’apprécier. Quand on y pense, tous ces bénévoles font plus pour notre monde que les champions, les écrivains et photographes et chroniqueurs, les boîtes de matériel, les équipeurs. Bon, disons que les équipeurs en font autant que les bénévoles… faut pas trop se rabaisser, tout de même! Il y a donc plusieurs genres de crinqués : les franchement visibles et les anonymes. Et ce sont les anonymes qui, en travaillant inlassablement à la base et en faisant connaître la montagne sous toutes ses formes, sont les plus efficaces pour propager notre style de vie et nos valeurs. L’enthousiasme, la bonne humeur, la camaraderie, l’acceptation des autres, le dépassement de soi, une bonne dose de responsabilité et un esprit ouvert aux changements vont toujours être des pôles attracteurs et la base du « jeu » que nous pratiquons. Pour le reste, les bougons, et bien ils justifient leur existence dès qu’on cesse de les prendre au sérieux. Ils deviennent alors franchement amusants : rien de plus drôle que de voir quelqu’un s’écouter parler et aimer ce qu’il entend. Entre vain et vin, je vous conseille le second. Une bouteille entre amis vous aide à refaire le monde et, en prime, le divin breuvage améliore les performances en falaise, au premier essai, le lendemain. C’est du moins ce que m’affirme Hazebine Rouzo qui vise cent ans grâce à un régime à base de choucroute et de vin rouge. Pourvu qu’il m’en garde une bouteille ou deux… je lui laisse par contre la choucroute, recette secrète Haffner. -« J’veux du jus ! » Ma descendance a été diagnostiquée « pneumonie » ce matin par un membre de la profession médicale. Je savais bien que toute cette toux creuse n’augurait rien de bon… elle signifie que je suis esclave du rejeton pour les prochains dix jours ! -« J’arrive, fatiguant… pis arrête donc de dessiner des gros bonhommes avec d’énormes nez. Il y a des feuilles partout à terre ! » -« C’est pas des bonhommes, c’est toi… regarde sur ma feuille, tu tiens la drill au bout de la corde. » -« Ben, explique-moi donc pourquoi mon nez touche à la paroi quand je suis en train de percer un trou? » -« Il ne touche pas…??? » Où ai-je caché le tire-bouchon ? J’ai besoin d’un verre. Un grand….
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