| 26 Mai 2005 |
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Terrain d'Aventure... |
© Jean Pierre Banville |
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L’Auxances coulait paresseusement entre ses berges et les grands arbres noyaient le sentier d’une ombre fraîche. Une brise agitait les feuilles mais si peu… c’était la journée idéale pour grimper. Alcide descendit en humant l’air matinal chargé d’odeurs champêtres provenant des fermes environnantes. Il sorti de sa poche un flacon contenant des gélules de ginseng, remède efficace contre le stress. Deux gélules plus un cachet de Ginko Biloba et un de ramure de cerf. Il faut être prudent en forêt et renforcer son système immunitaire. Dépassé les ruines du vieux moulin – où il fit un arrêt pour prendre un supplément multivitaminé réputé combattre les effets de l’âge – et le voilà devant le premier mur. Personne! Le calcaire blanc garni de silex lui fait de l’œil, un beau rocher solide qui semble pourtant avoir l’apparence d’une vieille peau tachée par le soleil, ridée avant l’âge et potentiellement attaquée par de vilains mélanomes. Vite, il sort du sac la crème solaire grade75 et s’en asperge avec vigueur. Personne ici! Il faut aller plus loin…il y avait une auto au stationnement donc il devrait bien avoir des grimpeurs quelque part. Quelques minutes de marche et voilà le secteur de la célèbre « Boite aux Lettres ». « Dieu que c’est beau! » se dit Alcide Bromur. Et en prime, deux jeunes femmes étaient assises sur leurs sacs, regardant le topo avec intérêt. « Voilà qui promet !» … il fouille dans son sac banane et y trouve le comprimé zinc/pépins de courgette qui améliore son influx de testostérone. Pris avec un litre d’eau de source nettoyée par osmose inversée, ce comprimé assure une prestance virile dans la pire des situations. -« Bonjour! … vous voulez bien m’assurer sur une ou deux voies? » -« Bien entendu et tu peux même débuter! C’est notre première fois ici et on ne sait trop où aller. » Alcide zieute la Boîte aux Lettres en se disant que ce serait excellent pour mettre son physique en valeur. Il ouvre son sac, sort corde double, harnais ajustable, dégaines, coinceurs, casque, gants, gri-gri, marteau, pitons, crochets, ascendeur, descendeur, frontale et deux paires de chaussons. Il faut toujours rester prudent : certaines 5b sont plus difficiles qu’il n’y parait. Alcide sort de sa banane un comprimé de sélénium/magnésium pour relaxer ses muscles, un comprimé de guarana pour l’endurance, un comprimé d’huile de poisson pour la flexibilité et, par pure coquetterie, un cachet d’huile de noix de Grenoble pour sauver ce qui lui restait de cheveux. Le tout accompagné d’un litre de la toute dernière boisson énergétique garantissant dans sa publicité une prestation digne d’une fusée Saturne au décollage. Son poids considérablement augmenté par tout son attirail, Alcide se lance vers le premier point qu’il atteint après cinq minutes de travail et l’aide d’un piton et de deux crochets. Un moment de repos. -« Du mou mais pas trop, je repars! » Le son cristallin du piton qu’on enfonce résonne dans la vallée. Un coinceur, deux crochets et l’aide d’un petit bâton plus tard, le second point est acquis. Repos bien mérité… surtout que les mains d’Alcide commençaient à trembler, effet secondaire de tout ce guarana. Troisième point. Le visage blanc comme un drap, les mains serrant à fond le bac, au dessus d’une tonne de métal protégeant une chute potentielle, Alcide se fait prendre à sec pour avaler quelques gorgées de boisson aux algues et ainsi retrouver rapidement force et énergie. Il ne lui reste qu’un point avant la Boîte et le repos… et un arrêt obligatoire pour soulager sa vessie! -« J’y vais… pas trop de mou car c’est le crux! » Alcide vole de bac en bac. Alcide n’a pris que cinq minutes pour atteindre le point médian entre les deux scellements. Soudain, un choc sur son casque! Quelque chose de froid retombe sur son avant-bras. Une vipère!!! Le cerveau d’Alcide, stimulé par les additifs, réalise que le serpent a dû tomber du haut de la falaise, un champ à vaches. La vipère, stimulée par une peur panique, se décide à mordre par mesure préventive le bras de cet humain bien inconvenant. L’humain chute en hurlant, projetant la vipère dans l’Auxances. Perte de conscience immédiate. Quelques heures plus tard, au CHU de Poitiers… -« Oui, monsieur le directeur! L’évacuation s’est effectuée de manière exemplaire grâce à la diligence des gendarmes et des services d’urgence. Heureusement, une des grimpeuses possédait une trousse anti-venin contrairement au blessé qui était pourtant une pharmacie ambulante. Bras amoché, commotion cérébrale, entorse à la cheville mais notre homme pourra grimper de nouveau. »
-« Mais, professeur, pourquoi désirez vous le garder en isolation douze
semaines? Son état ne semble pas nécessiter une si longue
hospitalisation.» On demande une subvention, on fait construire un pan dans une chambre attenante, on déguise deux stagiaires en fées et il est au septième ciel pour les quatre ou cinq prochains mois. » Alcide Bromur fait maintenant du pan quatre heures par jour sur son mur personnel à la clinique universitaire. Il grimpe 7b bloc avec aise et il trouve que la nourriture est excellente. On lui a monté un programme d’entraînement spécifique, des coachs viennent le voir et les vidéos de fin de soirée sont pour le moins divertissants. Mais il se demande bien pourquoi les deux filles qui font du bloc avec lui s’obstinent à porter des ailes collés sur leurs tops Prana . Seule ombre au tableau : une peur panique pour tout ce qui touche la Poste. Il refuse d’ouvrir son courrier.
Mais
on le soigne... |
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