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11 Mars 2005 |
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Le Toit du
Monde... |
© Jean
Pierre Banville |
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Patrick Pacher, agent d’assurances de son état, avait
tout liquidé pour faire partie de cette expédition. Maison, auto, radio
et même Lili, sa charmante épouse qui ne pouvait supporter de perdre
l’homme aimé, conquis par une rivale, une montagne.
Un des derniers 7000 vierges du lointain Bhutan, le mont Kalmtoila avait
repoussé tous les amateurs d’abîmes et l’équipe de Patrick était la
dernière en lice. |
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En fait, d’équipe, il ne
restait plus que Patrick !
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Tout le monde avait péri au camp 5 lors d’une avalanche et, pour
Patrick, le salut était vers le sommet et la longue traversée de la
montagne qui le mènerait vers l’autre versant où vivaient des tribus
sauvages mais pacifiques.
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Hélas, à peu de distance du sommet, une terrible tempête s’était levée,
amenant des accumulations de neige importantes et réduisant la
progression de Patrick à une allure de tortue arctique. Seul, il faisait
la trace en traînant une vingtaine de mètres de corde, son seul espoir
pour la longue descente. |
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Des rafales de vent frappaient son visage nu, brûlant sa peau exposée.
Des coulées de neige venant du sommet menaçaient de le précipiter dans
le vide et la mort froide s’immisçait dans tous les orifices de sa
doudoune. Son casque était demeuré au camp 5 et il bravait la tempête nu
tête comme un Viking à la proue de son drakkar. |
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Son petit sac ne contenait, pour seules provisions, que quelques noix et
la bouteille de vin qu’il avait trouvé dans les débris du camp.
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Tenaillé par la soif, il planta son piolet dans la
neige et sorti la bouteille qu’il déboucha – merveilleuse invention que
ces bouchons revissables - et il prit un grand coup de rouge qui
descendit dans sa gorge en réchauffant toute la fibre de son être. Don
divin que l’alchimie du vin… |
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Il venait tout juste de refermer la bouteille qu’une avalanche s’abattit
sur lui et il ne dû sa vie qu’à ses réflexes aiguisés qui lui firent
plonger son piolet dans la masse instable des neiges éternelles du
sommet. |
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Il senti ses forces l’abandonner et il aurait bien
aimé reprendre une longue rasade du divin breuvage mais ses doigts
glissaient sur le piolet; les tonnes de neige qui s’abattaient sur lui
étaient plus qu’un être humain ne pouvait supporter.
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Et si ce n’était que la neige et le vent! Son cerveau en manque
d’oxygène lui jouait des tours, des délires, des images d’horreur le
hantaient sur ces crêtes neigeuses. Allait-il revoir un jour son bureau
et ses contrats avec toutes les petites lignes illisibles au bas des
pages? |
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Patrick était fort. Cette montagne était le rêve de sa vie et il voulait
survivre pour partager l’illumination qui arriverait sans doute avec
l’atteinte du sommet.
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D’un effort surhumain, Patrick se rétablit sur la pente et aperçu,
vision incomparable, le bloc rocheux qui marquait la pointe ultime du
Kalmtoila. Quelques pas à peine! |
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-« Patrick! » « Patrick! »
Une
hallucination auditive! Comme Messner …
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-« Patrick! As-tu fini de pelleter le toit? »
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« Ca fait des heures que tu es en haut, les enfants mettent la maison à
l’envers pis le chien n’a pas pris sa marche de la journée. Il est en
train de virer au jaune! Pis mes tartes vont brûler et en plus ma mère
vient souper car il y a Star Académie à la TV ce soir. Et je ne trouve
pas la bouteille de vin que je gardais en réserve… Et regarde toi donc!
Tu es plein de neige : tu vas attraper ton coup de mort. Descend tout de
suite de ce toit et vient me donner un coup de main dans la maison. A
toutes les fois, c’est la même chose : tu sors dehors pis tu commences à
rêvasser et à bailler aux corneilles. Envoye en bas! »
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Patrick mis sa pelle sur son épaule et redescendit vers l’autre versant
de sa vie. On ne résiste ni à l’appel du grand large, ni à l’appel des
hauts sommets mais surtout pas à l’appel de sa Lili…
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