24 Mars 2005 Nice : 15 °C

Sur la trace des légendes...


Face Nord du Corno Stella

par Damien Tomasi


        Juin 1962, Franck Ruggeri et Didier Ughetto sont aux Thermes di Valdieri. Pour la 7ème  fois, ils remontent le couloir du Lourousa pour tenter d’ouvrir une voie directe dans la Face Nord du Corno Stella, rappelez vous, à l’époque la mode est aux « directes » et « directissimes » : « Directe américaine » au Dru, « Directe Brandler – Hasse » à la Cima Grande di Lavaredo….
  
   L’itinéraire envisagé est le plus logique de la paroi : un large dièdre surplombant, coiffé d’un énorme toit.

   Au cours des tentatives précédentes, les deux alpinistes ont compris qu’ils ne pourront pas venir à bout de ces fissures larges avec le matériel classique des années 60. C’est alors que Franck Ruggeri, inventeur de génie, imagine des coins de bois réglables jusqu’à 26 cms de largeur !

  Les 11, 12 et 13 Juin 1962, la cordée la plus performante de l’époque parvient à gravir en escalade artificielle les 350m du Dièdre Rouge de la Face Nord du Corno Stella pour une des voies les plus difficiles des Alpes du Sud : A3/V.

   Voie mythique, chargée d’histoire, chacun y apporte sa petite touche personnelle :
1ère hivernale par Jean Gounand et Georges Grisolles en trois jours de Décembre 1971,
1er parcours en libre par Patrick Berhault,
1ère  solitaire par Patrick Berhault en 1996
et enfin 1ère solitaire hivernale en deux jours de Janvier 2001 encore par Patrick Berhault au cours de sa traversée des Alpes.

   Janvier 2005, Nicolas Féraud et moi même décidons de tenter notre chance. Mais la fatigue due à la quantité de neige (8h30 de marche pour atteindre le bivouac Varrone et 5h00 pour arriver au pied de la voie) nous font rebrousser chemin : nous n’avons gravi qu’une seule longueur du mythique itinéraire !

   Mars 2005, la roue tourne. J’apprend que l’ENJA (l’Équipe Nationale Jeune Alpinisme) encadrée par Paul Robach et Gaël Bouquet des Chaux a choisi la Face Nord du Corno Stella pour effectuer son stage d’hiver. Forts de notre expérience, nous décidons de retenter l’ascension après eux… (Il vaut mieux que ce soit 10 sangliers surentraînés qui fassent la trace que 3 petits coquelets comme nous !)

   « Il ne fait pas trop froid, il  n’y a pas trop de neige, la trace est faite,  j’ai arraché deux coins de bois dans le toit j’en ai donc remis deux neufs » me dit Paul Robach à son retour .. Que demander de plus ?

   Cette fois-ci, nous sommes trois : Nicolas Féraud, Emmanuel Chance et moi.
Aprés pré-équipement de 2 longueurs le 20 Mars, nous gravissons la voie le lendemain en 11 heures. Dans la partie supérieure l’ambiance est extraordinaire (il faut ajouter que ce jour là, une mer de nuages tapissait toute la vallée si bien que seuls les plus hauts sommets émergeaient…. Magique !)  L’escalade des fissures larges du dièdre est très athlétique et atypique si bien qu’aucune des longueurs n’a pu être intégralement grimpée en libre à part celles du socle….Mais sommes nous bien dans le Mercantour ?!  Nous sortons au sommet à 18h30 (fatigués !) et arrivons au refuge Bozano à 22 heures (très fatigués !!)

   La personnalité attachante des ses premiers protagonistes, son passé chargé d’histoire, son escalade atypique, sa difficulté et son ambiance extraordinaire font de la Ruggeri-Ughetto en Face Nord du Corno Stella une voie, alpine, incontournable des Alpes du Sud.

Pour finir, juste un petit conseil, avant de partir pour une hivernale, regardez bien le calendrier… le 21 Mars, c’est le premier jour du Printemps !             

 

Les photos de Nicolas Féraud.

 

 

 

   Le fameux dièdre rouge !

 

Vue imprenable sur le Viso.

 

Une vraie voie alpine, au printemps !

 
 

 

 

   Le toit final et sa célèbre fissure !

 

le topo de la voie