Janvier 2006 - Alain Robert -

- Monsieur Indestructible -

Interviewé par Isabelle Bihr - février 05 -


 

Alain Robert est une énigme à lui tout seul, une de celle que le Sphinx aurait aimé poser aux voyageurs tentant de se rendre à Thèbes… À bientôt 43 ans, ce grimpeur hors-norme continue à escalader les plus hauts gratte-ciel du monde en solo. Ce mutant, à mi-chemin entre Spiderman et Mr Indestructible défie le vide et la mort depuis trente ans ! Nous l’avons retrouvé chez lui à Pézenas. Il est marié, a trois fils et un petit chien blanc prénommé Némo… Un camouflage en bon père de famille… pour passer incognito. Mais notre équipe l’a tout de même démasqué pour le passer à la question.

 Comment tout cela a-t-il commencé ? Je veux dire pourquoi et comment as-tu commencé l’escalade ? Quelles ont été tes influences ?
Enfant, c’est en voyant à la télé, "La neige en deuil", un film tiré d’un roman de
Henri Troyat que je découvre pour la première fois l’existence de l’escalade. C’est ma première image de l’escalade ! J’habitais à l’époque à Valence, près du Vercors. On peut dire que pour la première fois je voyais les montagnes après avoir vu ce film. Avant je les voyais, mais sans les voir. J’ai également beaucoup été influencé par les récits d’alpinistes, tels Bonatti et Desmaison.

Mais c’est réellement avec le scoutisme que j’ai commencé à pratiquer l’escalade. À douze ans, alors que j’ai oublié les clefs de mon appartement, j’escalade les huit étages de mon immeuble pour rentrer chez moi !

De 1975 à 1978, c’est avec Pierre, mon premier et seul véritable compagnon de cordée, que pendant deux ou trois saisons d’escalade nous avons progressé ensembles. On peut dire que c’est la première et seule fois où j’ai été en compétition avec quelqu'un. Nous grimpions entre nous, sans connaître les cotations. C’était à celui qui mettait le moins de clous possibles dans la voie. Nous grimpions encordés et parfois en solo. Quelquefois même nous nous suivions en solo, l’un derrière l’autre ! Nous étions dans notre monde. Nous grimpions dans le Vercors et à la falaise de Crussol en Ardèche. Pierre était de deux années mon aîné : il y avait une vraie émulation entre nous. Puis Pierre a déménagé et nous nous sommes perdus de vue.

Je me suis donc retrouvé seul pour grimper. À l’époque, vers Valence il n’y avait pas beaucoup de grimpeurs. J’ai donc fait de plus en plus d’escalade en solo, c'est-à-dire seul et sans aucune protection pour assurer ma sécurité. Le solo a toujours exercé un attrait sur moi. C’est pour moi la quintessence de l’escalade.

 Comment s’est déroulée ta pratique de l’escalade, depuis l’adolescence jusqu’à tes solos les plus durs sur rocher ?
À partir de 1978-1979, grâce au magazine Alpirando, je découvre l’existence des falaises de Buis-les-Baronnies, du Verdon et de Buoux avec d’autres copains grimpeurs. J’y grimpais soit encordé, soit en solo. À l’époque je faisais déjà du 6b, comme par exemple La Directissime, ce qui était déjà dur pour l’époque.

À cette même période je fais quelques courses mythiques dans les Alpes. C’est une expérience courte, car décevante. Je découvre qu’on peut finalement faire la même chose en falaise et qu’il y a beaucoup moins de contraintes. En montagne, il y a souvent des marches d’approches et des descentes longues, des contraintes météo beaucoup plus importantes et un coût financier qui n’a rien à voir avec la falaise...

À cette période je suis un peu tout seul dans mon coin, même si à la même date,
Bérhault et Edlinger font aussi du solo. J’étais pas dans les falaises à la mode. Des fois ça tient à peu de choses…

De 1979 à 1994, j’ai fait énormément de falaise, que ce soit encordé ou en solo. À Châteaubourg, j’ai fait une voie qui est peut-être 8c. Une de mes voies marquantes c’est L’Abominable homme des doigts, un 7b+ à la falaise de Cornas. C’était culotté de faire ça en solo, car la voie passe dans un léger dévers avec des plats. Il y a une bonne part d’aléatoire ! Le caractère aléatoire d’une voie est une des composantes les plus importantes en solo. Il n’y a pas seulement la difficulté, la cotation, bien que je sois allé loin dans le chiffre. Si tu vas par exemple dans Mirage, un 7c à Céüse sur grosses prises, la part d’aléatoire est moins importante, bien que la cotation soit supérieure ! Et puis faire un solo à quinze mètres du sol ou à trois cents mètres, ça n’a rien à voir !

 Qu’est-ce qui t’a poussé vers les solos extrêmes ?
Peu à peu je me suis pris au jeu. J’ai réalisé des voies de plus en plus dures et dans un style aléatoire, avec de l’engagement. Pour cela, j’ai essayé d’analyser les raisons de mes échecs. Je me suis demandé pourquoi je tombais dans une voie. J’en ai conclu que, quand je connaissais la voie, c’était souvent la fatigue qui me faisait tomber. Mais j’avais décidé d’exploiter le créneau quand je réussissais ; de retenir la réussite et non l’échec. Si je réussissais un certain nombre de fois une voie en étant encordé et n’y tombais que quelquefois, alors je pensais que c’était possible de la faire, reposé et en solo !

 Es-tu connu à cette époque dans le milieu de l’escalade ?
Oui, on parle de moi dans le milieu de l’escalade, car je réalise les solos les plus durs, mais aussi les plus aléatoires. Cela va de la première répétition du Pilier des fourmis en solo à Buoux à mes débuts, jusqu’aux ascensions solo de La chèvre et le chou, 7c, Rêve de Papillon, 8a et La nuit du lézard en 8a+ toujours à Buoux.

 Y a-t-il une voie qui te tient à cœur plus que les autres ?
Oui, il y a L’Abominable homme des doigts, une voie en 7b+, à la falaise de Cornas en Ardèche. C’est une falaise que j’avais repérée à l’âge de 12 ans avec Pierre. À l’époque, elle me fascinait déjà, mais me semblait inaccessible. C’est une vieille histoire. C’est un bon baromètre pour moi, et elle est pleine de bons souvenirs. Après mon accident j’ai vu que je pouvais peut-être refaire certains mouvements, puis j’ai réussi à la refaire ! Il y a quelques années, plus rien ne pouvait m’empêcher de grimper cette voie. Maintenant, j’ai un peu plus de mal qu’avant…

 Quelle était ta vie de jeune grimpeur ? Vivais-tu de ta pratique en professionnel comme par exemple Patrick Edlinger ?
À cette période, je ne gagne pas vraiment de l’argent grâce à l’escalade. J’ai juste Boréal (fabricant espagnol de chaussons d’escalade) qui me donne du matos. Je suis obligé de travailler à mi-temps pour subvenir à mes besoins et ceux de ma famille. J’avais décidé de travailler pas plus que nécessaire. J’avais fait le calcul de ce dont j’avais besoin pour vivre et pour grimper. J’avais besoin de pas grand’chose finalement : d’un toit, de quoi me nourrir et surtout d’avoir du temps pour grimper. J’avais décidé de ne pas construire ma vie autour de l’argent, mais autour de l’escalade. C’est une question de choix, de priorités, de valeurs. Le plus vital pour moi est de grimper !

 À l’époque l’urban climbing n’était pas du tout à la mode. Comment en viens-tu à escalader des gratte-ciel en solo, toi le grimpeur de rocher ?
À l’époque, je suis connu et reconnu dans le milieu de l’escalade pour mes solos extrêmes. C’est grâce aussi à un photographe suisse, Robi Bausch et à ses photos, que j’arrive à sortir du milieu fermé de l’escalade. Le tournant s’opère avec Sector qui me contacte en 1994. C’est plus précisément la boîte qui réalise leurs films publicitaires qui me contacte. Ils ont un projet avec l’escalade en solo. Toute leur communication est basée sur les sports extrêmes et ils cherchaient quelqu'un comme moi qui faisait de l’escalade en solo. Je rencontre alors Marco Francesconi, le directeur de Sector, et là les choses vont très vite. Ma carrière de grimpeur va prendre un tournant décisif avec l’escalade de gratte-ciel. Mes solos ont porté leurs fruits !

 Quels souvenirs gardes-tu de l’ascension de ton premier building ?
Mon premier building était vraiment impressionnant ! C’était à Chicago, il paraissait surdimensionné par rapport aux repères que j’avais en falaise. Le gaz y est beaucoup plus impressionnant : même à des centaines de mètres du sol, tu vois toujours les voitures en repère visuel… Cela rappelle constamment la hauteur à laquelle tu te trouves… et donne encore plus de force aux lignes vertigineuses des gratte-ciel !

Aujourd’hui grâce aux gratte-ciel, tu vis de ta passion. Combien de tours as-tu aujourd'hui à ton actif ? J’ai l’impression que ton parcours sur gratte-ciel ressemble à celui que tu as eu sur le rocher : tu es allé vers la difficulté extrême et l’aléatoire. Est-ce exact ?
À ce jour, j’ai a mon actif autour de quatre-vingt gratte-ciel et monuments. Mais au début, je ne savais pas comment ça fonctionnait ; si c’était vraiment grimpable… Alors j’ai commencé par me renseigner, par observer les structures. J’ai commencé par des ascensions faciles techniquement et peu à peu, comme sur le rocher, j’ai essayé de repousser de plus en plus loin les limites de l’aléatoire. Les buildings c’est long, cela demande de l’endurance. C’était une filière que j’avais déjà beaucoup développée en escalade sur rocher. À l’époque je pouvais faire vingt voies en 7c à la suite. Après mes deux accidents et mes séquelles au niveau des poignets, j’ai rapidement saturé en force et décidé de m’orienter vers l’endurance. À cause de mes accidents, je n’ai plus la possibilité de prendre des prises en arqué de la main gauche. Je suis obligé de prendre tout en tendu. L’inconvénient c’est que cela exige de bien meilleures conditions d’adhérence pour pouvoir tenir les prises…

 Qu’est-ce qui te motives dans l’escalade de buildings ?
Sur un gratte-ciel, la verticale est absolue. Comme elle est artificielle, elle est très belle et pure. En grimpant des gratte-ciel, j’ai à chaque fois une vision étonnante de la ville où je me trouve. Souvent la vue est coupée par d’autres bâtiments, mais quelquefois elle est très ouverte, panoramique, comme par exemple sur le parvis de la Défense. Escalader des gratte-ciel, me permet aussi de beaucoup voyager. C’est devenu une vraie passion. Ce sont souvent des bâtiments très beaux, avec des lignes hallucinantes ! Comme sur le rocher, il faut chercher son itinéraire, découvrir la ligne de faiblesse qui te permettra de passer.

 En quoi consiste exactement ta préparation physique ? T’entraînes-tu avec d’autres personnes ?
Je me suis toujours entraîné tout seul, je n’ai jamais eu besoin des autres pour m’entraîner. Beaucoup de gens sont transcendés par l’émulation, moi je me transcende tout seul ! C’est plus facile aussi de s’entraîner et de grimper seul, il y a moins de contraintes. Et puis, moins il y a d’éléments qui interviennent dans ta réussite, plus c’est facile ! En même temps, j’ai eu une vie semée d’embûches, d’accidents… Ça n’est pas facile de me suivre… j’ai pris beaucoup de claques dans la vie !

Aujourd'hui on peut dire que j’ai beaucoup d’acquis. Je continue toutefois à m’entraîner, mais moins qu’avant. Avant c’était la mode des entraînements bourrins. Je faisais des centaines de pompes, de préférence à un bras, des centaines de tractions et des abdos avec la même posologie. Maintenant, je fais encore du pan presque tous les jours. Environ une heure par jour. Je fais de la résistance courte, des circuits de dix à douze mouvements dans du plafond ou du gros dévers avec des repos de trente secondes à une minute. Les voies que je compte essayer en solo, je les fais d’abord en moulinette et quelquefois lesté avec des disques de 10 kg ou des haltères souples pour m’entraîner. Je vais aussi grimper de temps en temps en falaise à Claret, dans le Tarn et à Buoux où je fais du solo. J’aime le rocher et la nature. Quand je suis en voyage, c’est plus compliqué pour m’entraîner. Je fais alors des tractions à un bras, des pompes à un bras, des abdos, notamment l’exercice de la planche. Ce sont de bons exercices qui me permettent de maintenir ma forme physique. Pour ce qui est de mes ascensions sur gratte-ciel : elles sont la plupart du temps illégales. Je ne peux donc pas travailler les mouvements comme dans une voie. Je n’ai que mes jumelles pour observer la ligne. C’est donc généralement de l’escalade à vue !

 À quoi ressemble ta préparation mentale ? Comment abordes-tu mentalement tes solos ?
Il faut avant tout être imprégné de la voie que l’on va faire. C’est la motivation à vouloir faire la voie qui est la plus importante. Je revisualise les séquences de mouvements mentalement. Avant de faire la voie en solo, je l’ai déjà gravie plusieurs fois mentalement. Mon atout c’est d’arriver à repousser les limites de la peur. J’ai exploité à fond cette qualité qui est la mienne. Ce qui est intéressant, c’est le contrôle de soi, d’arriver à repousser le seuil de la peur. C’est mon point fort. J’entre dans la zone rouge plus loin que les autres. Mais j’ai aussi ma zone rouge…

 Pourquoi  fais-tu du solo et pas simplement de l’escalade encordée comme la grande majorité des grimpeurs ?
L’escalade dans les années 70 et 80 n’était pas la même que l’escalade d’aujourd'hui. C’est pourquoi un grimpeur d’aujourd'hui ou même qui a commencé à grimper il y a dix ans ne comprend pas forcément ma démarche, celle du solo. L’escalade pour moi, ce n’est pas juste un sport, comme cela a tendance à le devenir aujourd'hui. L’escalade dans les années 70 et 80 était un mode de vie dont le solo faisait partie intégrante. Je pense que le solo est un aspect de l’escalade intéressant à explorer. Quand on fait du solo, on a pas d’intérêt à tomber, c’est aussi simple que ça ! Et puis je trouve que le jeu avec la mort est intéressant ! Le solo, c’est un idéal de maîtrise de soi. Quand tu grimpes encordé, la chute est une option, en solo la chute n’est plus une option… Je suis allé loin dans ma façon d’appréhender l’escalade. J’ai fait des solos souvent à mon niveau maximum encordé…. En 1991, j’ai fait du 8b en solo, alors que les voies les plus dures, si l’on excepte Action directe, plafonnaient à 8c, et il y en avait peu (Azincourt, Le Plafond…) !

Certes, aujourd’hui il y a des grimpeurs qui font du solo. Mais ce ne sont pas des solos à leur niveau maximum encordé, comme c’était mon cas à l’époque. Aujourd’hui, les meilleurs grimpeurs font du 9a, mais leurs solos les plus durs ne vont que jusqu’à 8b, voire 8b+ comme pour Alexander Huber ! Maintenant, il y a presque quinze ans que j’ai fait mes solos les plus durs sur rocher. Depuis lors le niveau de performance a progressé en escalade, mais le niveau en solo n’a pas suivi cette évolution !

 Y a-t-il un solo où tu t’es fait particulièrement peur, où tu as senti que tu étais proche de la peur-panique ?
Oui, par exemple lors de l’enchaînement en solo de Pol pot, un 7c+ particulièrement aléatoire et gazeux dans les gorges du Verdon, j’ai frôlé la panique. Dans le crux, un grand mouvement ample en croisé, je suis arrivé en hyper-extension quelques centimètres sous la prise, et là il a fallu pousser sur la prise de pied glissante pour gagner les quelques centimètres qui séparaient la vie et la mort… Des secondes qui ont durées une éternité ! Quelques jours avant cette réalisation, j’y avais déjà fait une tentative en solo, mais j’ai du renoncer. Je n’avais pas encore atteint le point de non-retour. Je n’étais pas encore dans le crux : une fois que tu entames la section dure, tu n’as d’autre choix que de réussir les mouvements suivants pour t’en sortir. J’ai demandé de l’aide, on m’a balancé une corde pour que je m’en sorte. Ce jour-là tout était naze : il n’y avait pas les bonnes conditions météo et j’ai dû attendre l’équipe de TF1 qui était en retard avant de me lancer dans la voie… Finalement j’y suis retourné quelques jours plus tard, seul, juste avec ma famille et un photographe. Cette fois-ci les conditions météo étaient parfaites. J’ai réussi cette voie en solo, mais sur le coup j’ai bien cru que je n’y arriverai pas !

 Ta vie de grimpeur a été jalonnée d’accidents. Qu’est-ce qui t’as permis de surmonter tout ça et de revenir encore plus fort ?
Après mes accidents, c’est tout seul que j’ai retrouvé ma motivation. J’avais un certain mode de vie avant mes accidents et j’ai tout fait pour me reconstruire et le retrouver ! Je ne peux pas vivre sans grimper, tout simplement. Pour vivre, il a fallu que j’arrive à nouveau à grimper !

 Le solo, une philosophie de vie ?
Ma seule philosophie, c’est la philosophie du courage.

 Comment se passent les jours qui précèdent tes ascensions en solo ?
Les jours qui précèdent une ascension sont beaucoup plus usants que l’ascension elle-même. On imagine toujours le scénario le pire. Il faut penser à tout, bien peser le pour et le contre. Pendant l’ascension, il n’y a plus que de l’action ! Avant un solo j’ai souvent remarqué que je roule vite, alors qu’après je prends mon temps, je suis apaisé, presque amorphe.

 Pourrais-tu escalader des monuments religieux ? Peut-être l’as-tu déjà fait ?
Non, je n’ai jamais escaladé de monuments religieux, par respect. Je refuse de faire du sensationnel. Par exemple dans un autre registre, on m’a proposé de grimper au stade de France pendant un match de foot. J’ai refusé. J’ai pas envie de foutre le bordel !

 Que représente pour toi la médiatisation ?
L’escalade, ce n’est pas un truc que j’ai besoin de partager avec les autres. Je suis plus dans l’action. La médiatisation est pour moi un outil qui me permet de réaliser mes rêves, de voyager.

 Que penses-tu apporter aux gens qui te voient grimper ?
Ce que j’apporte aux gens, c’est je crois une image de rêve et de liberté… comme Zorro… un de mes héros… J’aime ce côté rebelle, le défi. Il faut savoir dire non à certaines choses de la société. J’ai escaladé un gratte-ciel à Singapour, un des pays les plus répressifs au monde. En grimpant la tour OUB à Singapour, j’ai voulu faire passer un message de liberté.

 Pourrais-tu vivre sans grimper en solo ?
L’escalade en solo est quelque chose de vital pour moi. Ma motivation pour l’escalade est restée inébranlable au fil des ans, malgré mes accidents. Le solo fait partie intégrante de ma personnalité. J’ai besoin de vivre des situations dangereuses et j’ai trouvé l’escalade pour exprimer cela. J’ai besoin d’être brave et courageux. Ce besoin est certes très égoïste : il ne profite pas directement aux autres. Il peut néanmoins profiter indirectement aux autres, notamment quand je fais des ascensions caritatives. Et puis, en vivant des situations fortes et extrêmes on peut apporter ensuite certaines choses aux autres.

 Que t’ont apporté toutes tes ascensions en solo ? Tu as finalement réalisé un rêve d’enfant en faisant de l’escalade en solo ?
Je me sens maintenant beaucoup plus calme qu’avant. Mes ascensions m’ont apporté une certaine sérénité.

En effet, maintenant, je suis ce que je rêvais d’être qu’en j’étais jeune. Depuis mon enfance, je suis attiré par les actes courageux, l’héroïsme. Je cherchais à faire des choses qui paraissaient dangereuses. J’ai réalisé des actes de bravoure. J’ai aussi réussi à gagner la reconnaissance des autres par l’escalade. Quand j’étais jeune, je souffrais de ce manque de reconnaissance. Gamin, j’étais un manche, pas quelqu'un de doué pour l’escalade. J’étais en plus quelqu'un de peureux, qui avait peur du vide. Mais j’ai réussi à maîtriser cette peur. J’ai réalisé mon rêve. Je suis devenu le chevalier que je rêvais d’être !

 Tes ascensions à travers le monde t’ont permises de voyager et de rencontrer beaucoup de personnes différentes. Cela doit être vraiment très enrichissant ?
La vie est intéressante, j’ai beaucoup voyagé et fait de belles rencontres au travers de mes ascensions. J’ai fait de belles rencontres, surtout dans les milieux défavorisés. C’est pour cela d’ailleurs que j’aime finalement bien me retrouver en prison après certaines ascensions. Mais j’ai rencontré peu de gens vraiment intéressants dans le milieu de l’argent Ce n’est pas un milieu très sain…

 L’année dernière (2004) à Taïpei tu as escaladé la tour la plus haute du monde. Parles-nous de cette aventure un peu spéciale ?
Effectivement, le 25 décembre dernier j’ai escaladé Taïpei 101 à Taïpei. Avec ses 508 mètres de haut , elle est à ce jour la plus grande tour du monde ! Cette ascension était légale et prévue de longue date. Elle avait pour but de promouvoir ce nouvel exploit architectural. Le seul problème, c’est que dix jours avant je me suis blessé en faisant une chute sur le coude. Cet accident a eu pour conséquence de coincer mon nerf cubital gauche. Immédiatement après l’accident j’ai eu une perte de sensation du coude jusqu’aux doigts. Peu après, je me suis rendu compte que cette blessure m’interdisait l’usage de l’auriculaire et de l’annulaire gauche… C’est plutôt gênant pour grimper… Je ne savais pas si je pouvais encore grimper avec cette blessure ! Quatre jours avant de m’envoler pour Taïpei et six jours avant l’ascension, j’ai dû subir une opération du coude ! Je n’étais alors plus en état de la gravir en solo. Mais j’ai tout de même décidé d’escalader ce gratte-ciel et de rester fidèle à mon engagement. Le Président taiwanais m’a d’ailleurs expressément demandé de grimper encordé. En plus, le jour J il pleuvait : Taïpei 101 n’était pas grimpable en solo ce jour-là, même si j’avais été en état de le faire !

 Quel est ton dernier building en date ? (interview réalisée en février 2005)
Je reviens des Émirats Arabes Unis, à Abu Dhabi où j’ai escaladé le 18 février dernier la tour Etisalat et ses 180 mètres de haut. Cette ascension entièrement légale a eu lieu dans le cadre du rassemblement « E-ducation Without Border ». Celui-ci rassemblait 600 étudiants venus de 70 pays différents venus pour suivre des speeches de motivation. Mon ascension constituait la cérémonie d’ouverture en tant qu’exemple d’inspiration pour les gens. L’ascension en elle-même était assez dure. Il fallait que j’escalade de grands panneaux vitrés glissants. J’avais peur que les conditions d’adhérence deviennent extrêmement mauvaises à cause de la chaleur. Finalement, ça s’est bien passé ! Il y avait une ambiance fabuleuse. En 2003, j’avais déjà escaladé la National Bank of Abu Dhabi avec plus de 100000 spectateurs au pied de la tour ! Fort de cette expérience, les autorités ont tout fait pour accueillir les spectateurs et leur permettre d’assister à l’ascension. Etisalat se trouve au milieu d’une énorme intersection. Ils ont donc bloqué la circulation tout autour ! Et effectivement, il y avait une foule immense massée au pied du gratte-ciel ! Jusqu’à une fois et demi le nombre de spectateurs qu’il y a eu en 2003, soit environ 140000 personnes ! C’était exceptionnel, en grimpant j’entendais le public m’encourager !

 Quels sont tes projets aujourd'hui ?
J’ai un projet d’ascensions humanitaires pour 2005 avec Action contre la Faim. Les ascensions humanitaires, cela m’intéresse, m’interpelle ! Mes ascensions deviennent ainsi un véritable don de soi. Je donne quelque chose aux autres par leur biais. C’est si facile de donner de l’argent quand on a plein de tunes. Ça ne coûte pas vraiment grand’chose et en plus ça donne une bonne image… Moi, j’ai vraiment l’impression de m’investir quand je grimpe en solo pour une bonne cause ! Ce projet peut se résumer ainsi : cinq continents, cinq ascensions. La tour Taïpei 101 à Taïpei pour l’Océanie, la tour Burj Al Arab aux Émirats pour l’Asie, la tour Eiffel pour l’Europe, un gratte-ciel à Rio pour l’Amérique et un building à Johannesburg pour l’Afrique ! Ces ascensions se feront en toute légalité, alors que d’habitude la plupart des mes solos se font sans autorisations…

Les ascensions légales c’est bien, mais j’ai envie de refaire - comme avant - des ascensions illégales pour retrouver le parfum de l’interdit… Des partenaires sont prêts à me sponsoriser pour des grimpes illégales. En ce moment je fais des recherches pour trouver des gratte-ciel intéressants à New York. J’aime bien cette ville, elle a quelque chose de magique ! J’ai hâte d’y retourner !

 Vas-tu continuer encore longtemps à te mettre en danger ? N’est-il pas temps de passer à autre chose ?
Effectivement, je suis bien obligé de constater que j’ai vieilli. Je n’ai plus les mêmes capacités physiques qu’avant, même si j’arrive à tirer un grand profit de mon expérience. Il faut bien parler de reconversion. Mais ma motivation reste à ce jour intacte : j’ai encore vachement envie de grimper ! J’ai envie de continuer à grimper, mais j’aimerais maintenant partager ma passion avec les autres d’une manière différente. Peut-être en faisant des conférences…

 Y a t-il des sponsors que tu tiens tout particulièrement à remercier ?
Oui, je tiens à remercier Gil Mennetrey, le PDG de Norgil, (une boîte de micro-chirurgie spécialiste de la reconstruction capillaire) et de Chocolat Minceur, mon sponsor depuis maintenant dix ans. Je remercie Gil Mennetrey pour son soutien. Il n’est pas facile de sponsoriser quelqu'un qui fait une activité dangereuse. C’est vraiment un ami : il m’a dit de faire des ascensions encordées, que je n’avais plus rien à prouver maintenant !


 Portrait d'Alain Robert

Si le solo est né avec l’alpinisme, Alain Robert a su lui donner ses lettres de noblesse. Il est un des seuls à avoir pu conjuguer aussi brillamment difficulté technique, engagement et aléatoire. Il a pour lui la quantité et la qualité ! Le plus incroyable carnet de croix de toute l’histoire de l’escalade !

Alain Robert est aussi le sportif qui a eu le plus de double-page dans Paris Match ! Pas mal, quand on connaît le peu d’intérêt des médias pour l’escalade…

Alain Robert c’est avant tout un exemple de dépassement de soi et de réussite par la volonté… Comme dirait Nietzsche, tout ce qui ne tue pas rend plus fort ! Alain a survécu à beaucoup de choses… Déjà enfant, il a dû survivre à la méchanceté de ses petits camarades… il était différent à cause de sa petite taille. Plus tard, il a survécu à plusieurs accidents dont il garde des séquelles plutôt lourdes. À vingt ans, les médecins lui avaient prédit qu’il ne pourrait plus jamais grimper. Mais rien, semble-t-il, ne saurait l’empêcher de grimper.

Un de ces accidents l’a d’abord laissé dans le coma pendant plusieurs jours. Puis définitivement avec un taux d’invalidité de soixante pour cent et un vertige qui peut à tout moment causer sa perte ! Pourtant Alain Robert a toujours refusé de profiter du système et de se placer en victime. Il a toujours refusé la pension d’invalidité à laquelle il aurait pourtant droit et que l’État lui proposait. Il a choisi d’être acteur plutôt que spectateur de sa vie. Il a choisi la liberté plutôt que l’aliénation. Une belle leçon de vie ! Il y a tant de personnes qui ne se gênent pas pour profiter du système et critiquer dans un même élan d’inconséquence ses ascensions, parce qu’elles sont médiatisées. Mais qui profite vraiment du système ? L’ignorance conduit souvent à l’intolérance et l’intolérance au crétinisme sans bornes. La liberté n’est pas du goût de tout le monde. L’actualité ou notre quotidien ne cessent hélas de nous le rappeler…

Ce qui m’a frappé en voyant pour la première fois Alain Robert, ce sont ses mains. Il a des mains de pianistes, des mains d’une finesse extrême, qui semblent exprimer toute sa sensibilité et sa fragilité. Mais comme il l’écrit lui-même dans son dernier livre L’homme-araignée : « Ma faiblesse, c’est ma force. ». Ses mains, se sont pourtant ses armes les plus sûres. Des doigts d’acier auxquels il ne cesse de confier sa vie.

Il a un regard pétillant et plein de gentillesse. C’est quelqu’un qui semble calme, très posé et rationnel. À se demander si c’est vraiment le même homme lorsqu’il s’attaque à ces parois de verres infinies ?

Il porte les stigmates de ses multiples accidents. Aucuns ne sont d’ailleurs dû à ses téméraires solos. À vingt ans, c’est au contraire sa confiance dans le matériel qui l’a perdu. Plus tard, ses autres petits accidents seront tous plus risibles les uns que les autres en regard de l’engagement dont il est coutumier. Des petites chutes ridicules, mais pas forcément indolores... Comme si le sort s’acharnait à lui jouer de mauvais tours.

L’ironie du sort semble prendre ici tout son sens… Sa dernière chute en date, est celle - j’ose à peine le dire – d’un réverbère qu’il s’amusait à escalader lors d’une séance photos pour un magazine… Vous me direz : il vaut mieux tomber d’un réverbère que de la Sears Tower et ses 443 mètres ou encore de Pol pot, une voie extrême dont les premiers mouvements se situent à quelques deux cents mètres du sol !

Mais qu’est-ce qui pousse Alain Robert à prendre autant de risques ? J’y vois une volonté inébranlable d’échapper à son destin. Ou plutôt de choisir librement celui qui sera le sien. Une soif de liberté. J’y vois aussi une soif de perfection et d’absolu. Le solo, c’est le face à face avec soi-même, une mise à nue de son âme. Plus moyen de faire semblant, il faut tout donner !

Est-il plus fou que celui qui prend son volant ivre mort, qu’un alpiniste à huit mille mètres sans oxygène ?… D’ailleurs être fou depuis si longtemps, c’est peut-être le signe d’une certaine sagesse ? Il aime l’escalade passionnément… à la folie me direz-vous… Alors rien, ni personne ne saurait l’empêcher de réaliser ses rêves d’enfant ! Des rêves de chevalier, de courage et de bravoure ! Triompher de la peur du vide. Bref, triompher de soi-même pour se trouver enfin. Le solo est une aventure spirituelle.

Le secret d’Alain Robert c’est peut-être justement d’avoir toujours su écouter l’enfant qui était en lui. Il rêvait d’escalader des montagnes et d’être courageux. Sa seule folie, c’est peut-être d’avoir voulu réaliser ses rêves. N’est-il pas bien plu insensé de renoncer à ses rêves, de les étouffer pour se conformer à ce que la société attend de nous ?

Je vois Alain Robert comme quelqu'un de fidèle dans ses passions comme dans ses amitiés : quand il aime, c’est pour toujours comme dit la chanson. Ce qui le caractérise c’est je crois la sincérité. C’est quelqu'un de vrai et de cohérent avec lui-même.

Je suis contente que Alain Robert existe. Il me rappelle qu’il est important de croire à ses rêves. Il nous rappelle la force et la grandeur de l’esprit humain. J’aime sa fraîcheur, cette magie de l’enfance. Aujourd'hui il a juste des jouets en rapport avec ses aspirations… Monumentaux ! Un enfant qui a les plus beaux jouets du monde !

Les dates marquantes d’Alain Robert

Le 7 août 1962 : naissance de Alain Robert.

1973 : ses premiers pas sur le rocher.

1982 : les deux accidents les plus graves d’Alain Robert :
Le premier, le 18 janvier 1982, chute de quinze mètres : un relais qui cède lors d’un rappel. Diagnostic : fractures aux poignets, nez, talons et scaphoïde. Opération et immobilisation. Deux mois après son accident : une ostéite (infection osseuse) en raison d’un problème de stérilisation du bloc opératoire qui lui vaudra deux nouvelles opérations.

Le deuxième, le 29 septembre 1982, Alain chute de quinze mètres la tête la première en raison d’un nœud mal fait qui cède lors d’une descente en rappel. Bilan : cinq jours de coma, fracture ouverte des deux avant-bras, fracture et luxation de la tête radiale du coude droit, fracture du bassin, paralysie par compression du nerf cubital, fracture du nez, œdème cérébral… Vertige dû à un dysfonctionnement de l’oreille interne ! Trois opérations des mains, trois opérations du coude, immobilisation du bassin…

1991 : Prix de la Performance Sportive au Festival de Janssens, remis par Patrick Edlinger.

En 1991, premier record du monde de difficulté en escalade solo réalisé dans les gorges du Verdon.

1993 : Prix du Comité International Olympique pour la performance d’un athlète, remis par Juan Antonio Samaranche. Record du monde en escalade solo dans les gorges du Verdon.

De 1994 à 2004, c'est-à-dire en dix ans, il compte presque quatre-vingt gratte-ciel et monuments mythiques à son actif !

1999 : la sortie de son premier livre, À mains nues !, éd. Le Pré aux Clercs.

1999 : la Sears Tower à Chicago, et ses 443 mètres. Le building qu’il a le plus convoité et qui lui a demandé le plus d’investissement !

Septembre 2004 : la sortie de son second livre, L’homme-araignée, éd. Le Cherche Midi.

Sélection de ses solos les plus durs sur rocher

Pol pot, 7c+ au Verdon. Solo pour lequel il a reçu le prix du CIO en 1993.

Pour une poignée de Chamallow, 8a+ à la falaise de Cornas en 1994. D’après Alain, c’est la voie la plus dure et aléatoire qu’il ait réalisé. Il regrette qu’elle soit souvent oubliée par les médias.

L’Abominafreux, 8b à Cornas en 1991. C’est un enchaînement de trois voies sans repos : L’Abominafreux, 8a suivi de L’Abomifreux, 7c pour finir par L’Abominable homme des doigts, 7b+. (Après avoir gravi la première voie, il est redescendu au départ de la suivante en désescalade et ainsi de suite...

Compilation, 8b à Omblèze en 1991

La nuit du lézard, 8a+ à Buoux en 1991.

Bloc ou falaise, 8a+ à Dunière.

La nuit du cauchemar, 8a+ à Buoux.

Lou pape, 8a+ à Omblèze.

Coup de cymbale, 8a en face sud à Mouriès. C’est une voie particulièrement aléatoire et exigeante techniquement.

Crac Boum Hue, 8a au Verdon.

Cauchemar de l’éléphant, 8a à Buoux.

Rêve d’un papillon, 8a à Buoux.

Au théâtre ce soir, 8a à Cornas.

Œuvre posthume, 8a à Entrechaux.

L’Abominafreux, 8a à Cornas.

2001, les doigts de l’espace, 7c+ à Sisteron.

La chèvre et le chou, 7c à Buoux.

L’Abominable homme des doigts, 7b+ à Cornas. Voie qu’il a réalisé plus de mille fois. Sa voie fétiche !

L’ange en décomposition, 7a au Verdon.

Ses solos de gratte-ciel les plus marquants et les anecdotes croustillantes qui vont avec…

1994 : son premier gratte-ciel, City Bank, Corp Building à Chicago, 180 mètres. Film pour Sector.

1994 : Empire State Building à San Francisco.

1995 : la tour Montparnasse à Paris. 210 mètres. Vent à 110 km/h. 1h20mn d’effort, mains et doigts gelés. Au 29e étage, par une fenêtre, un pompier lui tend de l’eau. À ce jour, il l’a gravi trois fois. Sa dernière ascension date de septembre 2004 à l’occasion de la sortie de son second livre, L’homme-araignée.

1996 : Fare East Finance Center à Hong-Kong : il mettra seulement 25 minutes pour escalader les 48 étages !

1996 : la pyramide de Luxor à Las Vegas. « En grimpant le casino Luxor  à Las Vegas, j’apercevais les gens agglutinés autour des machines à sous. Rêver de gagner au Loto, voilà la vraie misère. ».

1996 : Golden Gate Bridge à San Francisco : 200 mètres de câble vertical.

1996-1997 : la tour Eiffel à Paris… le 31 décembre 1996, il fait -10°C…

1997 : Opera House à Sydney.

1997 : Center Point à Sydney, 330 mètres.

1997 : Petronas Twin Tower à Kuala Lumpur, 451 mètres, 88 étages. À cette date la tour la plus haute du monde. Grâce à une antenne décorative, elle devance artificiellement de quelques mètres la Sears Tower. Il est arrêté par la police à 340 mètres du sol !

1997 : Sabah Fondation à Bornéo, show caritatif ! 15000 personnes assistent au spectacle. Son ascension permettra de récolter 150000 € !

1998 : la tour Framatome à Paris. Une fissure unique sur 182 mètres et qui ne permet donc aucun repos !

1998 : Sinjuku Center Building à Tokyo. Arrêté et tabassé par la police à son arrivée au sommet… Il fera cinq jours de détention.

1999 : Sears Tower à Chicago, 443 mètres. Celle qui lui a le plus résistée… Cinq ans ! Les derniers étages baignent dans la brume et l’humidité. La paroi de verre est glissante… La chute n’est pas passée loin ! Il en vient à bout après 1h30 mn de combat.

1999 : Grande Arche de la Défense à Paris. Il est obligé de renoncer en raison de la chaleur qui rend le marbre intenable…

1999-2000 : Obélisque de la Concorde à Paris le 31 décembre. En direct sur TF1 avec 4 tee-shirts de couleurs différentes pour symboliser les différents continents, avec successivement les photos de l’abbé Pierre, du Dalaï Lama, de Geronimo et du Che ! Son message de paix pour le 3e millénaire.

2000 : OUB à Singapour. La ville de tous les interdits !

2002 : Parque Central à Caracas, à l’occasion de la sortie de Spiderman. Il grimpe la tour la plus haute de Caracas. Ascension retransmise en direct.

2003 : National Bank of Abu Dhabi aux Émirats Arabes unis. Il y plus de 100000 spectateurs au pied de la tour !

2003 : la tour Elf à Paris, avec le dossard « Non à la guerre ! », pour protester contre la guerre en Irak.

2004 : Taïpei 101, à Taïpei. 508 mètres, la plus haute tour du monde à ce jour ! Le 25 décembre 2004, il pleut. Ascension légale encordée. Avec ses 508 mètres de haut, et ses 56 mètres supplémentaires, elle détrône les Petronas Twin Tower de Kuala Lumpur les anciennes détentrices du record !

Le 18 février 2005 : la tour Etisalat aux Émirats Arabes Unis, à Abu Dhabi. Cette ascension de 180 mètres s’est faite devant 140000 personnes ! Son plus grand succès !

Ses phrases-chocs

« J’avais décidé de ne pas construire ma vie autour de l’argent, mais autour de l’escalade. »

« Sur un gratte-ciel, la verticale est absolue. »

« Je me suis toujours entraîné tout seul, je n’ai jamais eu besoin des autres pour m’entraîner. Beaucoup de gens sont transcendés par l’émulation, moi je me transcende tout seul ! »

« Avant de faire la voie en solo, je l’ai déjà gravie plusieurs fois mentalement. »

« Quand on fait du solo, on a pas d’intérêt à tomber, c’est aussi simple que ça. »

« Le jeu avec la mort est vraiment intéressant ! »

« J’ai fait des solos souvent à mon niveau maximum encordé…. »

« Pour vivre, il a fallu que j’arrive à nouveau à grimper ! »

« Ma seule philosophie, c’est la philosophie du courage. »

« Je me sens maintenant beaucoup plus calme qu’avant. Mes ascensions m’ont apporté une certaine sérénité. »

« Maintenant, je suis ce que je rêvais d’être qu’en j’étais enfant. […] J’ai réalisé mon rêve. Je suis devenu le chevalier que je rêvais d’être. »

« L’escalade en solo est quelque chose de vital pour moi. »

« Quand tu grimpes encordé, la chute est une option, en solo la chute n’est plus une option… »

« J’ai fait de belles rencontres, surtout dans les milieux défavorisés. »


 

[1] « En solo » cela veut dire sans aucune protection en cas de chute inopinée… Comme dit le vieil adage : « Si tu tombes c’est la chute, si tu chutes c’est la tombe ! » …

L’escalade aujourd'hui se pratique par la plupart des grimpeurs, en toute sécurité, grâce à un matériel ultra performant (baudrier, corde, dégaines, descendeur, mousquetons à vis…) et l’équipement fiable des voies.

[2] Les cotations : en escalade, une cotation indique la difficulté de l’itinéraire que l’on va essayer. Actuellement, elles vont crescendo de 4 à 9b : 4, 5, 5a, 5b, 5c, 6a, 6a+, 6b, 6b+, 6c, 6c+, 7a, 7a+, 7b, 7b+, 7c, 7c+, 8a, 8a+, 8b, 8b+, 8c, 8c+, 9a, 9a+, 9b.

[3] Clous : synonyme de pitons. Points d’ancrage anciens qui permettaient de se protéger en cas de chute.

 

[4] Plats : prises plates, c'est-à-dire qui ne sont pas crochetantes et que l’on peut tenir uniquement grâce à l’adhérence du rocher.

 

[5] « le gaz », « gazeux » : renvoient au caractère impressionnant d’une voie. Le gaz c’est cette sensation omniprésente et paralysante du vide que l’on peut ressentir lorsque l’on grimpe à une hauteur importante par rapport au sol.

 

[6] Il y a trois façons de tenir une prise en escalade : en arqué, en semi-tendu et en tendu. Prendre une prise en arqué, cela signifie que les doigts sont repliés, littéralement arqués sur la prise et que le pouce vient verrouiller cette préhension en appuyant sur l’index. C’est la préhension la plus sûre pour tenir de petites prises, mais aussi la plus traumatisante pour les tendons.

[7] On tient une prise en tendu lorsque les doigts sont… tendus, à plat sur la prise et non fléchis. C’est un type de préhension économique, mais moins sécurisant et efficace sur petites prises.

[8] La planche est un exercice de musculation consistant à tenir son corps à l’horizontale par la seule force des abdominaux et des muscles du dos après s’être agrippé par les mains à un support comme une barre à tractions par exemple.

[9] À vue : réussir une voie sans avoir jamais été dans celle-ci pour essayer les mouvements, ni avoir vu quelqu'un les faire.

[10] « Le crux », c’est le passage-clé, le passage le plus dur d’une voie.

 

[11] Le carnet de croix : fait référence à la liste de voies d’escalade réalisées.

[12] Désescalader : grimper une voie à l’envers, c'est-à-dire en redescendant vers le sol.