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Alain Robert est une
énigme à lui tout seul, une de celle que le Sphinx aurait aimé poser aux
voyageurs tentant de se rendre à Thèbes… À bientôt 43 ans, ce grimpeur
hors-norme continue à escalader les plus hauts gratte-ciel du monde en
solo. Ce mutant, à mi-chemin entre
Spiderman et Mr Indestructible défie le vide et la mort depuis trente
ans ! Nous l’avons retrouvé chez lui à Pézenas. Il est marié, a trois
fils et un petit chien blanc prénommé Némo… Un camouflage en bon père de
famille… pour passer incognito. Mais notre équipe l’a tout de même
démasqué pour le passer à la question.
Comment
tout cela a-t-il commencé ? Je veux dire pourquoi et comment as-tu
commencé l’escalade ? Quelles ont été tes influences ?
Enfant, c’est
en voyant à la télé,
"La neige en deuil",
un film tiré d’un roman de
Henri Troyat
que je découvre pour la première fois l’existence de l’escalade. C’est
ma première image de l’escalade ! J’habitais à l’époque à Valence, près
du Vercors. On peut dire que pour la première fois je voyais les
montagnes après avoir vu ce film. Avant je les voyais, mais sans les
voir. J’ai également beaucoup été influencé par les récits d’alpinistes,
tels Bonatti et Desmaison.
Mais c’est réellement avec le scoutisme que j’ai commencé à pratiquer
l’escalade. À douze ans, alors que j’ai oublié les clefs de mon
appartement, j’escalade les huit étages de mon immeuble pour rentrer
chez moi !
De 1975 à
1978, c’est avec Pierre, mon premier et seul véritable compagnon de
cordée, que pendant deux ou trois saisons d’escalade nous avons
progressé ensembles. On peut dire que c’est la première et seule fois où
j’ai été en compétition avec quelqu'un. Nous grimpions entre nous, sans
connaître les cotations.
C’était à celui qui mettait le moins de
clous possibles dans la
voie. Nous grimpions encordés et parfois en solo. Quelquefois même nous
nous suivions en solo, l’un derrière l’autre ! Nous étions dans notre
monde. Nous grimpions dans le Vercors et à la falaise de Crussol en
Ardèche. Pierre était de deux années mon aîné : il y avait une vraie
émulation entre nous. Puis Pierre a déménagé et nous nous sommes perdus
de vue.
Je me suis
donc retrouvé seul pour grimper. À l’époque, vers Valence il n’y avait
pas beaucoup de grimpeurs. J’ai donc fait de plus en plus d’escalade en
solo, c'est-à-dire seul et sans aucune protection pour assurer ma
sécurité. Le solo a toujours exercé un attrait sur moi. C’est pour moi
la quintessence de l’escalade.
Comment
s’est déroulée ta pratique de l’escalade, depuis l’adolescence jusqu’à
tes solos les plus durs sur rocher ?
À partir de
1978-1979, grâce au magazine
Alpirando,
je découvre l’existence des falaises de Buis-les-Baronnies, du Verdon et
de Buoux avec d’autres copains grimpeurs. J’y grimpais soit encordé,
soit en solo. À l’époque je faisais déjà du 6b, comme par exemple La
Directissime, ce qui était déjà dur pour l’époque.
À cette même période je fais quelques courses mythiques dans les Alpes.
C’est une expérience courte, car décevante. Je découvre qu’on peut
finalement faire la même chose en falaise et qu’il y a beaucoup moins de
contraintes. En montagne, il y a souvent des marches d’approches et des
descentes longues, des contraintes météo beaucoup plus importantes et un
coût financier qui n’a rien à voir avec la falaise...
À cette période je suis un peu tout seul dans mon coin, même si à la
même date, Bérhault
et Edlinger
font aussi du solo. J’étais pas dans les falaises à la mode. Des fois ça
tient à peu de choses…
De 1979 à
1994, j’ai fait énormément de falaise, que ce soit encordé ou en solo. À
Châteaubourg, j’ai fait une voie qui est peut-être 8c. Une de mes voies
marquantes c’est L’Abominable homme des doigts, un 7b+ à la
falaise de Cornas. C’était culotté de faire ça en solo, car la voie
passe dans un léger dévers avec des
plats.
Il y a une bonne part d’aléatoire ! Le caractère aléatoire d’une voie
est une des composantes les plus importantes en solo. Il n’y a pas
seulement la difficulté, la cotation, bien que je sois allé loin dans le
chiffre. Si tu vas par exemple dans Mirage, un 7c à Céüse sur
grosses prises, la part d’aléatoire est moins importante, bien que la
cotation soit supérieure ! Et puis faire un solo à quinze mètres du sol
ou à trois cents mètres, ça n’a rien à voir !
Qu’est-ce
qui t’a poussé vers les solos extrêmes ?
Peu à peu je me
suis pris au jeu. J’ai réalisé des voies de plus en plus dures et dans
un style aléatoire, avec de l’engagement. Pour cela, j’ai essayé
d’analyser les raisons de mes échecs. Je me suis demandé pourquoi je
tombais dans une voie. J’en ai conclu que, quand je connaissais la voie,
c’était souvent la fatigue qui me faisait tomber. Mais j’avais décidé
d’exploiter le créneau quand je réussissais ; de retenir la réussite et
non l’échec. Si je réussissais un certain nombre de fois une voie en
étant encordé et n’y tombais que quelquefois, alors je pensais que
c’était possible de la faire, reposé et en solo !
Es-tu
connu à cette époque dans le milieu de l’escalade ?
Oui, on parle
de moi dans le milieu de l’escalade, car je réalise les solos les plus
durs, mais aussi les plus aléatoires. Cela va de la première répétition
du Pilier des fourmis en solo à Buoux à mes débuts, jusqu’aux
ascensions solo de La chèvre et le chou, 7c, Rêve de Papillon,
8a et La nuit du lézard en 8a+ toujours à Buoux.
Y
a-t-il une voie qui te tient à cœur plus que les autres ?
Oui, il y a
L’Abominable homme des doigts, une voie en 7b+, à la falaise de
Cornas en Ardèche. C’est une falaise que j’avais repérée à l’âge de 12
ans avec Pierre. À l’époque, elle me fascinait déjà, mais me semblait
inaccessible. C’est une vieille histoire. C’est un bon baromètre pour
moi, et elle est pleine de bons souvenirs. Après mon accident j’ai vu
que je pouvais peut-être refaire certains mouvements, puis j’ai réussi à
la refaire ! Il y a quelques années, plus rien ne pouvait m’empêcher de
grimper cette voie. Maintenant, j’ai un peu plus de mal qu’avant…
Quelle
était ta vie de jeune grimpeur ? Vivais-tu de ta pratique en
professionnel comme par exemple Patrick Edlinger ?
À cette
période, je ne gagne pas vraiment de l’argent grâce à l’escalade. J’ai
juste Boréal
(fabricant espagnol de chaussons d’escalade) qui me donne du matos. Je
suis obligé de travailler à mi-temps pour subvenir à mes besoins et ceux
de ma famille. J’avais décidé de travailler pas plus que nécessaire.
J’avais fait le calcul de ce dont j’avais besoin pour vivre et pour
grimper. J’avais besoin de pas grand’chose finalement : d’un toit, de
quoi me nourrir et surtout d’avoir du temps pour grimper. J’avais décidé
de ne pas construire ma vie autour de l’argent, mais autour de
l’escalade. C’est une question de choix, de priorités, de valeurs. Le
plus vital pour moi est de grimper !
À
l’époque l’urban climbing n’était pas du tout à la mode. Comment en
viens-tu à escalader des gratte-ciel en solo, toi le grimpeur de
rocher ?
À l’époque, je
suis connu et reconnu dans le milieu de l’escalade pour mes solos
extrêmes. C’est grâce aussi à un photographe suisse,
Robi Bausch
et à ses photos, que j’arrive à sortir du milieu fermé de l’escalade. Le
tournant s’opère avec
Sector
qui me contacte en 1994. C’est plus précisément la boîte qui réalise
leurs films publicitaires qui me contacte. Ils ont un projet avec
l’escalade en solo. Toute leur communication est basée sur les sports
extrêmes et ils cherchaient quelqu'un comme moi qui faisait de
l’escalade en solo. Je rencontre alors
Marco Francesconi,
le directeur de
Sector, et là
les choses vont très vite. Ma carrière de grimpeur va prendre un
tournant décisif avec l’escalade de gratte-ciel. Mes solos ont porté
leurs fruits !
Quels
souvenirs gardes-tu de l’ascension de ton premier building ?
Mon premier
building était vraiment impressionnant ! C’était à Chicago, il
paraissait surdimensionné par rapport aux repères que j’avais en
falaise. Le gaz y est beaucoup plus
impressionnant : même à des centaines de mètres du sol, tu vois toujours
les voitures en repère visuel… Cela rappelle constamment la hauteur à
laquelle tu te trouves… et donne encore plus de force aux lignes
vertigineuses des gratte-ciel !
Aujourd’hui
grâce aux gratte-ciel, tu vis de ta passion. Combien de tours as-tu
aujourd'hui à ton actif ? J’ai l’impression que ton parcours sur
gratte-ciel ressemble à celui que tu as eu sur le rocher : tu es allé
vers la difficulté extrême et l’aléatoire. Est-ce exact ?
À ce
jour, j’ai a mon actif autour de quatre-vingt gratte-ciel et monuments.
Mais au début, je ne savais pas comment ça fonctionnait ; si c’était
vraiment grimpable… Alors j’ai commencé par me renseigner, par observer
les structures. J’ai commencé par des ascensions faciles techniquement
et peu à peu, comme sur le rocher, j’ai essayé de repousser de plus en
plus loin les limites de l’aléatoire. Les buildings c’est long, cela
demande de l’endurance. C’était une filière que j’avais déjà beaucoup
développée en escalade sur rocher. À l’époque je pouvais faire vingt
voies en 7c à la suite. Après mes deux accidents et mes séquelles au
niveau des poignets, j’ai rapidement saturé en force et décidé de
m’orienter vers l’endurance. À cause de mes accidents, je n’ai plus la
possibilité de prendre des prises en
arqué de la main gauche.
Je suis obligé de prendre tout en tendu.
L’inconvénient c’est que cela exige de bien meilleures conditions
d’adhérence pour pouvoir tenir les prises…
Qu’est-ce
qui te motives dans l’escalade de buildings ?
Sur un
gratte-ciel, la verticale est absolue. Comme elle est artificielle, elle
est très belle et pure. En grimpant des gratte-ciel, j’ai à chaque fois
une vision étonnante de la ville où je me trouve. Souvent la vue est
coupée par d’autres bâtiments, mais quelquefois elle est très ouverte,
panoramique, comme par exemple sur le parvis de la Défense. Escalader
des gratte-ciel, me permet aussi de beaucoup voyager. C’est devenu une
vraie passion. Ce sont souvent des bâtiments très beaux, avec des lignes
hallucinantes ! Comme sur le rocher, il faut chercher son itinéraire,
découvrir la ligne de faiblesse qui te permettra de passer.
En
quoi consiste exactement ta préparation physique ? T’entraînes-tu avec
d’autres personnes ?
Je me suis
toujours entraîné tout seul, je n’ai jamais eu besoin des autres pour
m’entraîner. Beaucoup de gens sont transcendés par l’émulation, moi je
me transcende tout seul ! C’est plus facile aussi de s’entraîner et de
grimper seul, il y a moins de contraintes. Et puis, moins il y a
d’éléments qui interviennent dans ta réussite, plus c’est facile ! En
même temps, j’ai eu une vie semée d’embûches, d’accidents… Ça n’est pas
facile de me suivre… j’ai pris beaucoup de claques dans la vie !
Aujourd'hui
on peut dire que j’ai beaucoup d’acquis. Je continue toutefois à
m’entraîner, mais moins qu’avant. Avant c’était la mode des
entraînements bourrins. Je faisais des centaines de pompes, de
préférence à un bras, des centaines de tractions et des abdos avec la
même posologie. Maintenant, je fais encore du pan presque tous les
jours. Environ une heure par jour. Je fais de la résistance courte, des
circuits de dix à douze mouvements dans du plafond ou du gros dévers
avec des repos de trente secondes à une minute. Les voies que je compte
essayer en solo, je les fais d’abord en moulinette et quelquefois lesté
avec des disques de 10 kg ou des haltères souples pour m’entraîner. Je
vais aussi grimper de temps en temps en falaise à Claret, dans le Tarn
et à Buoux où je fais du solo. J’aime le rocher et la nature. Quand je
suis en voyage, c’est plus compliqué pour m’entraîner. Je fais alors des
tractions à un bras, des pompes à un bras, des abdos, notamment
l’exercice de la planche.
Ce sont de bons exercices qui me permettent de maintenir ma forme
physique. Pour ce qui est de mes ascensions sur gratte-ciel : elles sont
la plupart du temps illégales. Je ne peux donc pas travailler les
mouvements comme dans une voie. Je n’ai que mes jumelles pour observer
la ligne. C’est donc généralement de l’escalade
à vue !
À
quoi ressemble ta préparation mentale ? Comment abordes-tu mentalement
tes solos ?
Il faut avant
tout être imprégné de la voie que l’on va faire. C’est la motivation à
vouloir faire la voie qui est la plus importante. Je revisualise les
séquences de mouvements mentalement. Avant de faire la voie en solo, je
l’ai déjà gravie plusieurs fois mentalement. Mon atout c’est d’arriver à
repousser les limites de la peur. J’ai exploité à fond cette qualité qui
est la mienne. Ce qui est intéressant, c’est le contrôle de soi,
d’arriver à repousser le seuil de la peur. C’est mon point fort. J’entre
dans la zone rouge plus loin que les autres. Mais j’ai aussi ma zone
rouge…
Pourquoi
fais-tu du solo et pas simplement de l’escalade encordée comme la grande
majorité des grimpeurs ?
L’escalade dans
les années 70 et 80 n’était pas la même que l’escalade d’aujourd'hui.
C’est pourquoi un grimpeur d’aujourd'hui ou même qui a commencé à
grimper il y a dix ans ne comprend pas forcément ma démarche, celle du
solo. L’escalade pour moi, ce n’est pas juste un sport, comme cela a
tendance à le devenir aujourd'hui. L’escalade dans les années 70 et 80
était un mode de vie dont le solo faisait partie intégrante. Je pense
que le solo est un aspect de l’escalade intéressant à explorer. Quand on
fait du solo, on a pas d’intérêt à tomber, c’est aussi simple que ça !
Et puis je trouve que le jeu avec la mort est intéressant ! Le solo,
c’est un idéal de maîtrise de soi. Quand tu grimpes encordé, la chute
est une option, en solo la chute n’est plus une option… Je suis allé
loin dans ma façon d’appréhender l’escalade. J’ai fait des solos souvent
à mon niveau maximum encordé…. En 1991, j’ai fait du 8b en solo, alors
que les voies les plus dures, si l’on excepte Action directe,
plafonnaient à 8c, et il y en avait peu (Azincourt, Le
Plafond…) !
Certes, aujourd’hui il y a des grimpeurs qui font du solo. Mais ce ne
sont pas des solos à leur niveau maximum encordé, comme c’était mon cas
à l’époque. Aujourd’hui, les meilleurs grimpeurs font du 9a, mais leurs
solos les plus durs ne vont que jusqu’à 8b, voire 8b+ comme pour
Alexander Huber ! Maintenant, il y a presque quinze ans que j’ai fait
mes solos les plus durs sur rocher. Depuis lors le niveau de performance
a progressé en escalade, mais le niveau en solo n’a pas suivi cette
évolution !
Y
a-t-il un solo où tu t’es fait particulièrement peur, où tu as senti que
tu étais proche de la peur-panique ?
Oui, par
exemple lors de l’enchaînement en solo de Pol pot, un 7c+
particulièrement aléatoire et gazeux dans les gorges du Verdon, j’ai
frôlé la panique. Dans le crux, un
grand mouvement ample en croisé, je suis arrivé en hyper-extension
quelques centimètres sous la prise, et là il a fallu pousser sur la
prise de pied glissante pour gagner les quelques centimètres qui
séparaient la vie et la mort… Des secondes qui ont durées une éternité !
Quelques jours avant cette réalisation, j’y avais déjà fait une
tentative en solo, mais j’ai du renoncer. Je n’avais pas encore atteint
le point de non-retour. Je n’étais pas encore dans le crux : une fois
que tu entames la section dure, tu n’as d’autre choix que de réussir les
mouvements suivants pour t’en sortir. J’ai demandé de l’aide, on m’a
balancé une corde pour que je m’en sorte. Ce jour-là tout était naze :
il n’y avait pas les bonnes conditions météo et j’ai dû attendre
l’équipe de TF1
qui était en retard avant de me lancer dans la voie… Finalement j’y suis
retourné quelques jours plus tard, seul, juste avec ma famille et un
photographe. Cette fois-ci les conditions météo étaient parfaites. J’ai
réussi cette voie en solo, mais sur le coup j’ai bien cru que je n’y
arriverai pas !
Ta
vie de grimpeur a été jalonnée d’accidents. Qu’est-ce qui t’as permis de
surmonter tout ça et de revenir encore plus fort ?
Après mes
accidents, c’est tout seul que j’ai retrouvé ma motivation. J’avais un
certain mode de vie avant mes accidents et j’ai tout fait pour me
reconstruire et le retrouver ! Je ne peux pas vivre sans grimper, tout
simplement. Pour vivre, il a fallu que j’arrive à nouveau à grimper !
Le
solo, une philosophie de vie ?
Ma seule
philosophie, c’est la philosophie du courage.
Comment
se passent les jours qui précèdent tes ascensions en solo ?
Les jours qui
précèdent une ascension sont beaucoup plus usants que l’ascension
elle-même. On imagine toujours le scénario le pire. Il faut penser à
tout, bien peser le pour et le contre. Pendant l’ascension, il n’y a
plus que de l’action ! Avant un solo j’ai souvent remarqué que je roule
vite, alors qu’après je prends mon temps, je suis apaisé, presque
amorphe.
Pourrais-tu
escalader des monuments religieux ? Peut-être l’as-tu déjà fait ?
Non, je n’ai
jamais escaladé de monuments religieux, par respect. Je refuse de faire
du sensationnel. Par exemple dans un autre registre, on m’a proposé de
grimper au stade de France pendant un match de foot. J’ai refusé. J’ai
pas envie de foutre le bordel !
Que
représente pour toi la médiatisation ?
L’escalade, ce
n’est pas un truc que j’ai besoin de partager avec les autres. Je suis
plus dans l’action. La médiatisation est pour moi un outil qui me permet
de réaliser mes rêves, de voyager.
Que
penses-tu apporter aux gens qui te voient grimper ?
Ce que
j’apporte aux gens, c’est je crois une image de rêve et de liberté…
comme Zorro… un de mes héros… J’aime ce côté rebelle, le défi. Il faut
savoir dire non à certaines choses de la société. J’ai escaladé un
gratte-ciel à Singapour, un des pays les plus répressifs au monde. En
grimpant la tour
OUB à Singapour,
j’ai voulu faire passer un message de liberté.
Pourrais-tu
vivre sans grimper en solo ?
L’escalade en
solo est quelque chose de vital pour moi. Ma motivation pour l’escalade
est restée inébranlable au fil des ans, malgré mes accidents. Le solo
fait partie intégrante de ma personnalité. J’ai besoin de vivre des
situations dangereuses et j’ai trouvé l’escalade pour exprimer cela.
J’ai besoin d’être brave et courageux. Ce besoin est certes très
égoïste : il ne profite pas directement aux autres. Il peut néanmoins
profiter indirectement aux autres, notamment quand je fais des
ascensions caritatives. Et puis, en vivant des situations fortes et
extrêmes on peut apporter ensuite certaines choses aux autres.
Que
t’ont apporté toutes tes ascensions en solo ? Tu as finalement réalisé
un rêve d’enfant en faisant de l’escalade en solo ?
Je me sens
maintenant beaucoup plus calme qu’avant. Mes ascensions m’ont apporté
une certaine sérénité.
En effet, maintenant, je suis ce que je rêvais d’être qu’en j’étais
jeune. Depuis mon enfance, je suis attiré par les actes courageux,
l’héroïsme. Je cherchais à faire des choses qui paraissaient
dangereuses. J’ai réalisé des actes de bravoure. J’ai aussi réussi à
gagner la reconnaissance des autres par l’escalade. Quand j’étais jeune,
je souffrais de ce manque de reconnaissance. Gamin, j’étais un manche,
pas quelqu'un de doué pour l’escalade. J’étais en plus quelqu'un de
peureux, qui avait peur du vide. Mais j’ai réussi à maîtriser cette
peur. J’ai réalisé mon rêve. Je suis devenu le chevalier que je rêvais
d’être !
Tes
ascensions à travers le monde t’ont permises de voyager et de rencontrer
beaucoup de personnes différentes. Cela doit être vraiment très
enrichissant ?
La vie est
intéressante, j’ai beaucoup voyagé et fait de belles rencontres au
travers de mes ascensions. J’ai fait de belles rencontres, surtout dans
les milieux défavorisés. C’est pour cela d’ailleurs que j’aime
finalement bien me retrouver en prison après certaines ascensions. Mais
j’ai rencontré peu de gens vraiment intéressants dans le milieu de
l’argent Ce n’est pas un milieu très sain…
L’année
dernière
(2004) à Taïpei tu as escaladé la tour la plus haute du monde.
Parles-nous de cette aventure un peu spéciale ?
Effectivement,
le 25 décembre dernier j’ai escaladé Taïpei 101 à Taïpei. Avec
ses 508 mètres de haut , elle est à ce jour la plus grande tour du
monde ! Cette ascension était légale et prévue de longue date. Elle
avait pour but de promouvoir ce nouvel exploit architectural. Le seul
problème, c’est que dix jours avant je me suis blessé en faisant une
chute sur le coude. Cet accident a eu pour conséquence de coincer mon
nerf cubital gauche. Immédiatement après l’accident j’ai eu une perte de
sensation du coude jusqu’aux doigts. Peu après, je me suis rendu compte
que cette blessure m’interdisait l’usage de l’auriculaire et de
l’annulaire gauche… C’est plutôt gênant pour grimper… Je ne savais pas
si je pouvais encore grimper avec cette blessure ! Quatre jours avant de
m’envoler pour Taïpei et six jours avant l’ascension, j’ai dû subir une
opération du coude ! Je n’étais alors plus en état de la gravir en solo.
Mais j’ai tout de même décidé d’escalader ce gratte-ciel et de rester
fidèle à mon engagement. Le Président taiwanais m’a d’ailleurs
expressément demandé de grimper encordé. En plus, le jour J il
pleuvait : Taïpei 101 n’était pas grimpable en solo ce jour-là,
même si j’avais été en état de le faire !
Quel
est ton dernier building en date ?
(interview réalisée en février 2005)
Je reviens des
Émirats Arabes Unis, à Abu Dhabi où j’ai escaladé le 18 février dernier
la tour Etisalat et ses 180 mètres de haut. Cette ascension
entièrement légale a eu lieu dans le cadre du rassemblement « E-ducation
Without Border ». Celui-ci rassemblait 600 étudiants venus de 70
pays différents venus pour suivre des speeches de motivation. Mon
ascension constituait la cérémonie d’ouverture en tant qu’exemple
d’inspiration pour les gens. L’ascension en elle-même était assez dure.
Il fallait que j’escalade de grands panneaux vitrés glissants. J’avais
peur que les conditions d’adhérence deviennent extrêmement mauvaises à
cause de la chaleur. Finalement, ça s’est bien passé ! Il y avait une
ambiance fabuleuse. En 2003, j’avais déjà escaladé la National Bank
of Abu Dhabi avec plus de 100000 spectateurs au pied de la tour !
Fort de cette expérience, les autorités ont tout fait pour accueillir
les spectateurs et leur permettre d’assister à l’ascension. Etisalat
se trouve au milieu d’une énorme intersection. Ils ont donc bloqué la
circulation tout autour ! Et effectivement, il y avait une foule immense
massée au pied du gratte-ciel ! Jusqu’à une fois et demi le nombre de
spectateurs qu’il y a eu en 2003, soit environ 140000 personnes !
C’était exceptionnel, en grimpant j’entendais le public m’encourager !
Quels
sont tes projets aujourd'hui ?
J’ai un projet
d’ascensions humanitaires pour 2005 avec Action contre la Faim.
Les ascensions humanitaires, cela m’intéresse, m’interpelle ! Mes
ascensions deviennent ainsi un véritable don de soi. Je donne quelque
chose aux autres par leur biais. C’est si facile de donner de l’argent
quand on a plein de tunes. Ça ne coûte pas vraiment grand’chose et en
plus ça donne une bonne image… Moi, j’ai vraiment l’impression de
m’investir quand je grimpe en solo pour une bonne cause ! Ce projet peut
se résumer ainsi : cinq continents, cinq ascensions. La tour Taïpei
101 à Taïpei pour l’Océanie, la tour Burj Al Arab aux Émirats
pour l’Asie, la tour Eiffel pour l’Europe, un gratte-ciel à Rio
pour l’Amérique et un building à Johannesburg pour l’Afrique ! Ces
ascensions se feront en toute légalité, alors que d’habitude la plupart
des mes solos se font sans autorisations…
Les ascensions légales c’est bien, mais j’ai envie de refaire - comme
avant - des ascensions illégales pour retrouver le parfum de l’interdit…
Des partenaires sont prêts à me sponsoriser pour des grimpes illégales.
En ce moment je fais des recherches pour trouver des gratte-ciel
intéressants à New York. J’aime bien cette ville, elle a quelque chose
de magique ! J’ai hâte d’y retourner !
Vas-tu
continuer encore longtemps à te mettre en danger ? N’est-il pas temps de
passer à autre chose ?
Effectivement,
je suis bien obligé de constater que j’ai vieilli. Je n’ai plus les
mêmes capacités physiques qu’avant, même si j’arrive à tirer un grand
profit de mon expérience. Il faut bien parler de reconversion. Mais ma
motivation reste à ce jour intacte : j’ai encore vachement envie de
grimper ! J’ai envie de continuer à grimper, mais j’aimerais maintenant
partager ma passion avec les autres d’une manière différente. Peut-être
en faisant des conférences…
Y
a t-il des sponsors que tu tiens tout particulièrement à remercier ?
Oui, je tiens à
remercier Gil
Mennetrey, le PDG
de Norgil,
(une boîte de micro-chirurgie spécialiste de la reconstruction
capillaire) et de
Chocolat Minceur,
mon sponsor depuis maintenant dix ans. Je remercie Gil Mennetrey pour
son soutien. Il n’est pas facile de sponsoriser quelqu'un qui fait une
activité dangereuse. C’est vraiment un ami : il m’a dit de faire des
ascensions encordées, que je n’avais plus rien à prouver maintenant !
Portrait
d'Alain Robert
Si le solo est né avec
l’alpinisme, Alain Robert a su lui donner ses lettres de noblesse. Il
est un des seuls à avoir pu conjuguer aussi brillamment difficulté
technique, engagement et aléatoire. Il a pour lui la quantité et la
qualité ! Le plus incroyable carnet de
croix de toute l’histoire de l’escalade !
Alain Robert est aussi le
sportif qui a eu le plus de double-page dans
Paris Match !
Pas mal, quand on connaît le peu d’intérêt des médias pour l’escalade…
Alain Robert c’est avant
tout un exemple de dépassement de soi et de réussite par la volonté…
Comme dirait Nietzsche, tout ce qui ne tue pas rend plus fort ! Alain a
survécu à beaucoup de choses… Déjà enfant, il a dû survivre à la
méchanceté de ses petits camarades… il était différent à cause de sa
petite taille. Plus tard, il a survécu à plusieurs accidents dont il
garde des séquelles plutôt lourdes. À vingt ans, les médecins lui
avaient prédit qu’il ne pourrait plus jamais grimper. Mais rien,
semble-t-il, ne saurait l’empêcher de grimper.
Un de ces accidents l’a
d’abord laissé dans le coma pendant plusieurs jours. Puis définitivement
avec un taux d’invalidité de soixante pour cent et un vertige qui peut à
tout moment causer sa perte ! Pourtant Alain Robert a toujours refusé de
profiter du système et de se placer en victime. Il a toujours refusé la
pension d’invalidité à laquelle il aurait pourtant droit et que l’État
lui proposait. Il a choisi d’être acteur plutôt que spectateur de sa
vie. Il a choisi la liberté plutôt que l’aliénation. Une belle leçon de
vie ! Il y a tant de personnes qui ne se gênent pas pour profiter du
système et critiquer dans un même élan d’inconséquence ses ascensions,
parce qu’elles sont médiatisées. Mais qui profite vraiment du système ?
L’ignorance conduit souvent à l’intolérance et l’intolérance au
crétinisme sans bornes. La liberté n’est pas du goût de tout le monde.
L’actualité ou notre quotidien ne cessent hélas de nous le rappeler…
Ce qui m’a frappé en
voyant pour la première fois Alain Robert, ce sont ses mains. Il a des
mains de pianistes, des mains d’une finesse extrême, qui semblent
exprimer toute sa sensibilité et sa fragilité. Mais comme il l’écrit
lui-même dans son dernier livre L’homme-araignée : « Ma
faiblesse, c’est ma force. ». Ses mains, se sont pourtant ses armes les
plus sûres. Des doigts d’acier auxquels il ne cesse de confier sa vie.
Il a un regard pétillant
et plein de gentillesse. C’est quelqu’un qui semble calme, très posé et
rationnel. À se demander si c’est vraiment le même homme lorsqu’il
s’attaque à ces parois de verres infinies ?
Il porte les stigmates de
ses multiples accidents. Aucuns ne sont d’ailleurs dû à ses téméraires
solos. À vingt ans, c’est au contraire sa confiance dans le matériel qui
l’a perdu. Plus tard, ses autres petits accidents seront tous plus
risibles les uns que les autres en regard de l’engagement dont il est
coutumier. Des petites chutes ridicules, mais pas forcément indolores...
Comme si le sort s’acharnait à lui jouer de mauvais tours.
L’ironie du sort semble
prendre ici tout son sens… Sa dernière chute en date, est celle - j’ose
à peine le dire – d’un réverbère qu’il s’amusait à escalader lors d’une
séance photos pour un magazine… Vous me direz : il vaut mieux tomber
d’un réverbère que de la Sears Tower et ses 443 mètres ou encore de
Pol pot, une voie extrême dont les premiers mouvements se situent à
quelques deux cents mètres du sol !
Mais qu’est-ce qui pousse
Alain Robert à prendre autant de risques ? J’y vois une volonté
inébranlable d’échapper à son destin. Ou plutôt de choisir librement
celui qui sera le sien. Une soif de liberté. J’y vois aussi une soif de
perfection et d’absolu. Le solo, c’est le face à face avec soi-même, une
mise à nue de son âme. Plus moyen de faire semblant, il faut tout
donner !
Est-il plus fou que celui
qui prend son volant ivre mort, qu’un alpiniste à huit mille mètres sans
oxygène ?… D’ailleurs être fou depuis si longtemps, c’est peut-être le
signe d’une certaine sagesse ? Il aime l’escalade passionnément… à la
folie me direz-vous… Alors rien, ni personne ne saurait l’empêcher de
réaliser ses rêves d’enfant ! Des rêves de chevalier, de courage et de
bravoure ! Triompher de la peur du vide. Bref, triompher de soi-même
pour se trouver enfin. Le solo est une aventure spirituelle.
Le secret d’Alain Robert
c’est peut-être justement d’avoir toujours su écouter l’enfant qui était
en lui. Il rêvait d’escalader des montagnes et d’être courageux. Sa
seule folie, c’est peut-être d’avoir voulu réaliser ses rêves. N’est-il
pas bien plu insensé de renoncer à ses rêves, de les étouffer pour se
conformer à ce que la société attend de nous ?
Je vois Alain Robert comme
quelqu'un de fidèle dans ses passions comme dans ses amitiés : quand il
aime, c’est pour toujours comme dit la chanson. Ce qui le caractérise
c’est je crois la sincérité. C’est quelqu'un de vrai et de cohérent avec
lui-même.
Je suis contente que Alain
Robert existe. Il me rappelle qu’il est important de croire à ses rêves.
Il nous rappelle la force et la grandeur de l’esprit humain. J’aime sa
fraîcheur, cette magie de l’enfance. Aujourd'hui il a juste des jouets
en rapport avec ses aspirations… Monumentaux ! Un enfant qui a les plus
beaux jouets du monde !
Les dates marquantes
d’Alain Robert
Le 7 août 1962 : naissance
de Alain Robert.
1973 : ses premiers pas
sur le rocher.
1982 : les deux accidents
les plus graves d’Alain Robert :
Le premier, le 18 janvier 1982, chute de quinze mètres : un relais qui
cède lors d’un rappel. Diagnostic : fractures aux poignets, nez, talons
et scaphoïde. Opération et immobilisation. Deux mois après son
accident : une ostéite (infection osseuse) en raison d’un problème de
stérilisation du bloc opératoire qui lui vaudra deux nouvelles
opérations.
Le deuxième, le 29
septembre 1982, Alain chute de quinze mètres la tête la première en
raison d’un nœud mal fait qui cède lors d’une descente en rappel.
Bilan : cinq jours de coma, fracture ouverte des deux avant-bras,
fracture et luxation de la tête radiale du coude droit, fracture du
bassin, paralysie par compression du nerf cubital, fracture du nez,
œdème cérébral… Vertige dû à un dysfonctionnement de l’oreille interne !
Trois opérations des mains, trois opérations du coude, immobilisation du
bassin…
1991 : Prix de la
Performance Sportive au Festival de Janssens, remis par
Patrick Edlinger.
En 1991, premier record du
monde de difficulté en escalade solo réalisé dans les gorges du Verdon.
1993 : Prix du Comité International Olympique pour la performance d’un
athlète, remis par
Juan Antonio Samaranche.
Record du monde en escalade solo dans les gorges du Verdon.
De
1994 à 2004, c'est-à-dire en dix ans, il compte presque quatre-vingt
gratte-ciel et monuments mythiques à son actif !
1999 : la sortie de son
premier livre, À mains nues !, éd. Le Pré aux Clercs.
1999 : la Sears Tower à Chicago, et ses 443 mètres. Le building qu’il a
le plus convoité et qui lui a demandé le plus d’investissement !
Septembre 2004 : la sortie
de son second livre, L’homme-araignée, éd. Le Cherche Midi.
Sélection de ses solos les
plus durs sur rocher
Pol pot, 7c+ au
Verdon. Solo pour lequel il a reçu le prix du CIO en 1993.
Pour une poignée de
Chamallow, 8a+ à la falaise de Cornas en 1994. D’après Alain, c’est
la voie la plus dure et aléatoire qu’il ait réalisé. Il regrette qu’elle
soit souvent oubliée par les médias.
L’Abominafreux,
8b à Cornas en 1991. C’est un enchaînement de trois voies sans repos :
L’Abominafreux, 8a suivi de L’Abomifreux, 7c pour finir
par L’Abominable homme des doigts, 7b+. (Après avoir gravi la
première voie, il est redescendu au départ de la suivante en
désescalade et ainsi de suite...
Compilation, 8b à
Omblèze en 1991
La nuit du lézard,
8a+ à Buoux en 1991.
Bloc ou falaise,
8a+ à Dunière.
La nuit du cauchemar,
8a+ à Buoux.
Lou pape, 8a+ à
Omblèze.
Coup de cymbale, 8a
en face sud à Mouriès. C’est une voie particulièrement aléatoire et
exigeante techniquement.
Crac Boum Hue, 8a
au Verdon.
Cauchemar de l’éléphant,
8a à Buoux.
Rêve d’un papillon,
8a à Buoux.
Au théâtre ce soir,
8a à Cornas.
Œuvre posthume, 8a
à Entrechaux.
L’Abominafreux, 8a
à Cornas.
2001, les doigts de
l’espace, 7c+ à Sisteron.
La chèvre et le chou,
7c à Buoux.
L’Abominable homme des
doigts, 7b+ à Cornas. Voie qu’il a réalisé plus de mille fois. Sa
voie fétiche !
L’ange en décomposition,
7a au Verdon.
Ses solos de gratte-ciel
les plus marquants et les anecdotes croustillantes qui vont avec…
1994 : son premier
gratte-ciel, City Bank, Corp Building à Chicago, 180 mètres. Film
pour Sector.
1994 : Empire State
Building à San Francisco.
1995 : la tour
Montparnasse à Paris. 210 mètres. Vent à 110 km/h. 1h20mn d’effort,
mains et doigts gelés. Au 29e étage, par une fenêtre, un
pompier lui tend de l’eau. À ce jour, il l’a gravi trois fois. Sa
dernière ascension date de septembre 2004 à l’occasion de la sortie de
son second livre, L’homme-araignée.
1996 : Fare East
Finance Center à Hong-Kong : il mettra seulement 25 minutes pour
escalader les 48 étages !
1996 : la pyramide de
Luxor à Las Vegas. « En grimpant le casino Luxor à Las
Vegas, j’apercevais les gens agglutinés autour des machines à sous.
Rêver de gagner au Loto, voilà la vraie misère. ».
1996 : Golden Gate
Bridge à San Francisco : 200 mètres de câble vertical.
1996-1997 : la tour
Eiffel à Paris… le 31 décembre 1996, il fait -10°C…
1997 : Opera House
à Sydney.
1997 : Center Point
à Sydney, 330 mètres.
1997 : Petronas Twin
Tower à Kuala Lumpur, 451 mètres, 88 étages. À cette date la tour la
plus haute du monde. Grâce à une antenne décorative, elle devance
artificiellement de quelques mètres la Sears Tower. Il est arrêté par la
police à 340 mètres du sol !
1997 : Sabah Fondation
à Bornéo, show caritatif ! 15000 personnes assistent au spectacle. Son
ascension permettra de récolter 150000 € !
1998 : la tour
Framatome à Paris. Une fissure unique sur 182 mètres et qui ne
permet donc aucun repos !
1998 : Sinjuku Center
Building à Tokyo. Arrêté et tabassé par la police à son arrivée au
sommet… Il fera cinq jours de détention.
1999 : Sears Tower
à Chicago, 443 mètres. Celle qui lui a le plus résistée… Cinq ans ! Les
derniers étages baignent dans la brume et l’humidité. La paroi de verre
est glissante… La chute n’est pas passée loin ! Il en vient à bout après
1h30 mn de combat.
1999 : Grande Arche de
la Défense à Paris. Il est obligé de renoncer en raison de la
chaleur qui rend le marbre intenable…
1999-2000 : Obélisque
de la Concorde à Paris le 31 décembre. En direct sur TF1 avec 4
tee-shirts de couleurs différentes pour symboliser les différents
continents, avec successivement les photos de l’abbé Pierre, du Dalaï
Lama, de Geronimo et du Che ! Son message de paix pour le 3e
millénaire.
2000 : OUB à
Singapour. La ville de tous les interdits !
2002 : Parque Central
à Caracas, à l’occasion de la sortie de Spiderman. Il grimpe la
tour la plus haute de Caracas. Ascension retransmise en direct.
2003 : National Bank of
Abu Dhabi aux Émirats Arabes unis. Il y plus de 100000 spectateurs
au pied de la tour !
2003 : la tour Elf
à Paris, avec le dossard « Non à la guerre ! », pour protester contre la
guerre en Irak.
2004 : Taïpei 101,
à Taïpei. 508 mètres, la plus haute tour du monde à ce jour ! Le 25
décembre 2004, il pleut. Ascension légale encordée. Avec ses 508 mètres
de haut, et ses 56 mètres supplémentaires, elle détrône les Petronas
Twin Tower de Kuala Lumpur les anciennes détentrices du record !
Le 18 février 2005 : la
tour Etisalat aux Émirats Arabes Unis, à Abu Dhabi. Cette
ascension de 180 mètres s’est faite devant 140000 personnes ! Son plus
grand succès !
Ses phrases-chocs
« J’avais décidé de ne pas
construire ma vie autour de l’argent, mais autour de l’escalade. »
« Sur un gratte-ciel, la
verticale est absolue. »
« Je me suis toujours
entraîné tout seul, je n’ai jamais eu besoin des autres pour
m’entraîner. Beaucoup de gens sont transcendés par l’émulation, moi je
me transcende tout seul ! »
« Avant de faire la voie
en solo, je l’ai déjà gravie plusieurs fois mentalement. »
« Quand on fait du solo,
on a pas d’intérêt à tomber, c’est aussi simple que ça. »
« Le jeu avec la mort est
vraiment intéressant ! »
« J’ai fait des solos
souvent à mon niveau maximum encordé…. »
« Pour vivre, il a fallu
que j’arrive à nouveau à grimper ! »
« Ma seule philosophie,
c’est la philosophie du courage. »
« Je me sens maintenant
beaucoup plus calme qu’avant. Mes ascensions m’ont apporté une certaine
sérénité. »
« Maintenant, je suis ce
que je rêvais d’être qu’en j’étais enfant. […] J’ai réalisé mon rêve. Je
suis devenu le chevalier que je rêvais d’être. »
« L’escalade en solo est
quelque chose de vital pour moi. »
« Quand tu grimpes
encordé, la chute est une option, en solo la chute n’est plus une
option… »
« J’ai fait de belles
rencontres, surtout dans les milieux défavorisés. »
« En solo » cela veut
dire sans aucune protection en cas de chute inopinée… Comme dit
le vieil adage : « Si tu tombes c’est la chute, si tu chutes
c’est la tombe ! » …
L’escalade aujourd'hui se
pratique par la plupart des grimpeurs, en toute sécurité, grâce
à un matériel ultra performant (baudrier, corde, dégaines,
descendeur, mousquetons à vis…) et l’équipement fiable des
voies.
Les cotations : en escalade, une cotation indique la difficulté
de l’itinéraire que l’on va essayer. Actuellement, elles vont
crescendo de 4 à 9b : 4, 5, 5a, 5b, 5c, 6a, 6a+, 6b, 6b+, 6c,
6c+, 7a, 7a+, 7b, 7b+, 7c, 7c+, 8a, 8a+, 8b, 8b+, 8c, 8c+, 9a,
9a+, 9b.
Clous : synonyme de
pitons. Points d’ancrage anciens qui permettaient de se protéger
en cas de chute.
Plats : prises plates,
c'est-à-dire qui ne sont pas crochetantes et que l’on peut tenir
uniquement grâce à l’adhérence du rocher.
« le gaz », « gazeux » :
renvoient au caractère impressionnant d’une voie. Le gaz c’est
cette sensation omniprésente et paralysante du vide que l’on
peut ressentir lorsque l’on grimpe à une hauteur importante par
rapport au sol.
Il y a trois façons de
tenir une prise en escalade : en arqué, en semi-tendu et en
tendu. Prendre une prise en arqué, cela signifie que les doigts
sont repliés, littéralement arqués sur la prise et que le pouce
vient verrouiller cette préhension en appuyant sur l’index.
C’est la préhension la plus sûre pour tenir de petites prises,
mais aussi la plus traumatisante pour les tendons.
On tient une prise en
tendu lorsque les doigts sont… tendus, à plat sur la prise et
non fléchis. C’est un type de préhension économique, mais moins
sécurisant et efficace sur petites prises.
La planche est un
exercice de musculation consistant à tenir son corps à
l’horizontale par la seule force des abdominaux et des muscles
du dos après s’être agrippé par les mains à un support comme une
barre à tractions par exemple.
À vue : réussir une voie
sans avoir jamais été dans celle-ci pour essayer les mouvements,
ni avoir vu quelqu'un les faire.
« Le crux », c’est le
passage-clé, le passage le plus dur d’une voie.
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