27 Avril 2005  

Omnia Gallia in tres partes divida est

© Jean Pierre Banville


Problème de frappe 

La Gaule est divisée en trois parties mais je vous jure qu’il ne fait beau dans aucune d’entre elles ! Tellement que je n’ai vu que deux des trois parties. Neige à Valence la journée où nous y sommes passés : en fait, il faisait plus chaud au Québec ce jour-là.

Et en prime les claviers français sont très différents de ceux utilisés au Canada et ce détail technique a stoppé net ma production littéraire. La prochaine fois, j’amène un portable canadien français pour taper plus vite qu’un paragraphe à l’heure.

D’accord, d’accord… ceux qui m’ont rencontré vont se tordre de rire car ils connaissent mon état à la fin de chaque journée. Eux non plus n’auraient été capables d’établir des records de frappe au clavier en quelque langue que ce soit. Et ce n’est pas l’usure des doigts sur le calcaire qui en est responsable !

Vous avez sans doute entendu parler de la pénurie de produits vinicoles dans les régions du Gard et de l’Hérault…

L’Alsace a échappé au même sort grâce à sa production massive de bière. Nous tenons à remercier la société Fisher pour son support et la brasserie de Scharrabergheim pour ses excellents produits en barriques.

Seynes, Claret et Russan étant des faces sud, nous avons veillé à rester hydratés au maximum pour garder un niveau décent de pratique. La découverte du voyage étant le Mas des Tourelles à Beaucaire qui offre des produits supérieurs à des prix défiant la concurrence. Sans compter ses vins archéologiques dont le Mulsum – un vin miellé et aromatisé – dont Pline disait que son usage quotidien allongeait l’espérance de vie.

Oui, nos organes internes sont maintenant marinés et aucune bactérie ne peut plus nous atteindre mais ça ne nous a pas empêché de grimper à tous les jours de beau temps et jusque sous la pluie. On a grimpé comme si notre vie en dépendait, ce qui est un peu le cas, et nous avons rencontré des individus remarquables. En fait, j’ai rencontré des personnes d’une gentillesse inouïe qui me font regretter de ne pas vivre en France.

Hors des discussions bêtes et stériles des forums web, il existe encore des gens qui gagnent à être connus ! On se fait trop souvent une vision monolithique de la pratique ; on tend à cadrer les individus dans des cases immuables. On se met à douter de la gentillesse innée de nos congénères.

Seuls les voyages et les rencontres peuvent briser le moule de l’inertie intellectuelle.

On peut ne pas être toujours du même avis mais il faut bien convenir que les quelques divergences ne font pas le poids devant une amitié franche et sincère.

Il n’y a que la bêtise humaine qui est inexcusable !

Bref, ce voyage a commencé par une soirée bien arrosée et s’est terminé par une beuverie où certains convives chantaient Charlebois à tue-tête. La moyenne des performances autour de la table est toujours restée autour de 7c+ et je suis la pauvre cloche qui faisait descendre le score. Les sujets de conversation allaient de la construction des maisons en bois rond jusqu’au bidoigt de certaines voies du sud. Le vocabulaire allait de A pour « allez » jusqu’à Z pour zizi (« Le guide du zizi sexuel »…livre de Titeuf qui gagne à être connu…).

Imaginez qu’on a aperçu Philippe Maurel, Pierre Rouzo, Zolve, LZM, Lucien Bérardini, Serge Haffner au bas de Claret en train de siphonner un baril de bière alsacienne. S’il n’y avait pas de photos, on croirait à une arnaque !

La meilleure à Claret étant le stick-clip, la canne à pêche, que nous avons déplié en arrivant et planté sur la paroi avec, à son extrémité, un poisson de papier avec la notice : « Fish made in Alsace ».

Le fameux chien rapporteur de roche... (JPB - Lucien Bérardini - Pierre Rouzo)

Le site est un des plus beau que j’ai vu et la somme de travail pour le créer a dû être fantastique. Ce qui explique sans doute l’attachement féroce des habitués au «style Claret » : personne ne pourra les taxer d’édulcorer la pratique de l’escalade !

On a même aperçu un Lucio qui montait pied nu, en courant, après son travail, le sentier pour ensuite aller se réchauffer dans un 7c et finir dans un 8 quelque chose. Si ce n’est pas une vocation…

Je ne crois plus depuis quelque temps déjà que le milieu de l’escalade soit une « communauté ». Ma triste expérience m’a enseigné le contraire.

Mais il est clair qu’entre pratiquants forcenés d’une même passion, pratiquants intéressés par le fait même de l’escalade, il y a beaucoup plus de chances de rencontrer un cadre de grimpeurs qui partagent la même vision de l’activité.

Et il est clair aussi qu’une discussion arrosée autour d’une table permet d’établir des ponts tellement plus solides que le simple échange par forum interposé.

 

Est-ce cela, l’expérience « Claret » ?
 

Tellement d'alcool que je me sens comme une tête sans corps !!